Le conflit en Iran commence à produire d’inquiétantes conséquences sur l’économie mondiale. D’autant plus que le conflit s’enlise et risque de durer.
Des indicateurs servant à mesurer l’activité des entreprises ont mis en évidence mardi de premiers contrecoups de la guerre au Moyen-Orient sur une économie bousculée par la flambée des prix de l’énergie et les perturbations des chaînes d’approvisionnement. Entrées dans leur quatrième semaine, les hostilités déclenchées fin février par les attaques des États-Unis et d’Israël contre l’Iran sont susceptibles d’entraîner un choc économique plus aigu si le conflit perdure, soulignent des économistes.
Aux États-Unis, l’indice PMI Flash pour mars, publié par S&P Global et calculé sur la base de sondages auprès d’entreprises, a reculé à 51,4 points, contre 51,9 points en février, au plus bas depuis avril 2025. En zone euro, la croissance de l’activité du secteur privé enregistre un «quasi-arrêt» (50,5 points contre 51,9), tombant à son niveau le plus faible depuis dix mois, selon S&P Global. Un chiffre situé sous la barre des 50 points signale une contraction de l’activité, et au-delà, une expansion. En France, la croissance devrait être moins bonne que prévu aux premier et deuxième trimestres en raison d’une inflation liée à la hausse des prix des hydrocarbures, selon la note de conjoncture publiée mardi par l’Insee. L’Institut national de la statistique prévoit à nouveau une hausse de 0,2 % du produit intérieur brut (PIB) aux premier et deuxième trimestres 2026. L’Insee tablait auparavant sur une croissance de 0,3 %.
Commentant les chiffres de la zone euro, Christophe Boucher, directeur des investissements à ABN Amro Investment Solutions, estime dans un communiqué que «l’impact de la guerre en Iran est visible de trois manières au sein des données, à savoir : un ralentissement de la croissance dans les services, une hausse des prix dans l’industrie manufacturière et une dégradation des perspectives globales».
Dépendance allemande
La croissance du secteur des services, qui est de très loin la principale composante du baromètre, est tombée quasiment à zéro (50,1 points). Celle de l’industrie a légèrement augmenté à 51,4 points, grâce à un rétablissement du secteur en Allemagne. La première économie de la zone euro a adopté un programme de relance massif pour se moderniser, doté de plusieurs centaines de milliards d’euros. Mais «le problème de l’industrie allemande, c’est qu’elle reste extrêmement dépendante en termes d’accès à l’énergie fossile», commente Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement à Pictet AM.
En France, où l’incertitude politique pèse également, l’activité du secteur privé a enregistré en mars sa plus forte contraction depuis octobre, reculant à 48,3 points. Cette tendance au ralentissement de l’activité est observée également au Royaume-Uni et, loin du Vieux Continent, en Australie.
Les craintes d’une stagflation
Si l’impact de la guerre sur l’économie est encore difficile à estimer, selon sa durée et son ampleur, les craintes d’une stagflation augmentent : une stagnation de l’économie combinée à une forte inflation, qui pourrait pousser les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt. «Le risque est que les données PMI, qui constituent un indicateur avancé, ne soient que le début d’une série de statistiques économiques plus faibles à venir», prévient Kathleen Brooks, directrice de recherche à XTB.
Actuellement, «les pressions inflationnistes sont davantage concentrées du côté des coûts des intrants que des prix de vente», note Christophe Boucher, d’ABN Amro Investment Solutions. Il estime à ce stade les entreprises capables d’absorber dans leurs marges une partie de cette hausse des coûts. «Mais ce qui semble le plus important à surveiller, notamment en cas de conflit prolongé, est le risque de transmission de l’inflation au secteur des services, ce qui signalerait le début d’effets de second tour», c’est-à-dire une spirale inflationniste.
Sur le front, alors que l’Iran et Israël continuaient d’échanger des frappes mardi, un espoir ténu apparaît d’éventuelles négociations entre Téhéran et Washington afin de faire taire les armes. «En 2022, avec le conflit en Ukraine, on a mis cinq semaines pour se rendre compte que ce n’était pas temporaire, et que ça devenait structurel. Aujourd’hui, avec une vingtaine de jours de conflit, on est en plein dans la zone d’incertitude», souligne Christopher Dembik. Pour Jack Allen-Reynolds, économiste Europe à Capital Economics, «le pire pourrait encore être à venir si les prix de l’énergie restent élevés».