Accueil | Monde | «L’avenir de Kourou, c’est de devenir un aéroport spatial»

«L’avenir de Kourou, c’est de devenir un aéroport spatial»


Directeur du Centre spatial guyanais, Philippe Lier (à gauche) a de l'ambition pour l'avenir du site. (Photo : CNES/ ESA/ Arianespace-ArianeGroup)

Chargé de transformer le centre spatial de Kourou, Philippe Lier détaille la mue du site guyanais en vue de devenir un site multi-opérateurs, entre la concurrence européenne et les défis logistiques à venir

Le réaménagement de Kourou est présenté comme une priorité de la nouvelle doctrine spatiale prêchée par Emmanuel Macron. De quoi s’agit-il?

Philippe Lier : L’avenir c’est de devenir un aéroport spatial. On était dans un modèle assez monolithique avec Arianespace qui commercialisait un ou deux lanceurs. Le virage est en train d’être pris avec l’arrivée sur la base de nouveaux opérateurs. D’abord dans une gamme de petits lanceurs et qui deviendront certainement plus grands demain. L’Espagnol PLD, les Allemands Isar et RFA, le Français Latitude, et puis MaiaSpace qui doit s’installer sur l’ex-pas de tir de Soyouz.

On va se retrouver avec une coactivité de plusieurs opérateurs, gestion des priorités, d’accès aux moyens, exactement comme ferait un aéroport vis-à-vis de différentes compagnies.

Où en sont les pas de tirs pour les minilanceurs?

L’Espagnol PLD avance le plus vite, les autres n’ont pas vraiment démarré. Il s’agira de l’adaptation d’une infrastructure déjà existante, le pas de tir historique Diamant qui n’était plus utilisé depuis 50 ans. Autour de Diamant, en pétales, il y aura cinq pas de tir qui vont être construits pour les microlanceurs.

L’idée, c’est que chacun ait son pas de tir, mais partage des infrastructures communes, tout ce qui est énergie, eau. À l’entrée du site, chacun aura un bâtiment pour finaliser l’intégration de son lanceur. Ce ne sont pas des pas de tir de la complexité d’Ariane 6. C’est beaucoup plus simple.

 

Le centre permet d’accéder à toutes les orbites.

 

Les bases en Europe comme Andoya en Norvège d’où a décollé la fusée Spectrum d’Isar, sont-elles des concurrentes en devenir?

Si on va être l’aéroport de Paris, cela n’empêche pas qu’il y ait des aéroports en province. Récemment on a reçu une grosse délégation d’Andoya. Ils ont des capacités de tir bien inférieures aux nôtres en termes de nombre de tirs faisables par année, d’orbite accessible, etc.

Pour l’instant, ils ne sont ouverts qu’à de petits lanceurs. Le fait que les petits lanceurs puissent venir à Kourou ou avoir des alternatives en Europe, c’est plutôt un avantage pour nous. C’est aussi de la résilience. La force de Kourou, c’est d’être capable de tirer des lanceurs lourds.

Vous êtes très loin de l’Europe continentale, quels sont les avantages qui compensent cet inconvénient?

La position du centre spatial guyanais, près de l’équateur, permet d’accéder à toutes les orbites. Il n’y a pas d’autres pas de tir qui aient cet avantage. La Guyane est loin de l’Europe, mais il y a des vols tous les jours vers un aéroport de classe internationale capable d’accueillir des gros porteurs. En Europe, vous ne pouvez pas non plus implanter des bases de lancement à proximité de grandes agglomérations.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.