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La violence des cartels embrase le Mexique


La présidente Claudia Sheinbaum a appelé au calme. (Photo : afp)

La mort dans une opération militaire du chef d’un des plus importants cartels de drogue du pays a provoqué une flambée de violence.

Écoles fermées, vols annulés : le Mexique était sur le qui-vive lundi, en proie à une vague de violences après la mort du chef d’un des plus gros cartels de la drogue du pays, tué dans une opération militaire réalisée avec le soutien des États-Unis. La présidente Claudia Sheinbaum a appelé au calme et les autorités espèrent éviter une aggravation des troubles à quatre mois du Mondial-2026 de football, co-organisé avec les États-Unis et le Canada et dont Guadalajara, capitale de l’État du Jalisco (ouest) épicentre des violences, sera l’une des villes-hôtes.

Les cours étaient suspendus lundi dans au moins huit des 32 États du pays et le pouvoir judiciaire a autorisé les juges à maintenir les tribunaux fermés s’ils l’estiment nécessaire. Au moins 25 membres de la garde nationale, ainsi qu’un agent de sécurité et un fonctionnaire du parquet, ont été assassinés au Mexique dans les actions de représailles.

Tué à l’âge de 59 ans, Nemesio Oseguera, alias «El Mencho», était considéré comme le dernier des grands parrains depuis l’arrestation des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquín Guzmán El Chapo, et Ismael Mayo Zambada, incarcérés aux États-Unis. A la tête du puissant cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), il était l’un des barons de la drogue les plus recherchés par le Mexique et les États-Unis, qui offraient jusqu’à 15 millions de dollars pour sa capture. «Les États-Unis ont fourni un soutien en matière de renseignement au gouvernement mexicain afin de l’aider dans une opération (…) au cours de laquelle Nemesio El Mencho Oseguera a été éliminé», a confirmé la porte-parole du président Donald Trump, Karoline Leavitt, sur le réseau X. Donald Trump a érigé en priorité la lutte contre le narcotrafic et a exhorté plusieurs fois Claudia Sheinbaum à laisser Washington envoyer des forces lutter contre les cartels qui opèrent au Mexique.

«El Mencho» a été blessé dimanche lors d’une opération dans la localité de Tapalpa, dans l’État de Jalisco. Il est décédé durant son transport vers Mexico. Au total, sept membres du gang ont été tués et trois soldats blessés. Deux membres du CJNG ont été arrêtés et diverses armes saisies, notamment des lance-roquettes capables d’abattre des avions et de détruire des véhicules blindés, selon les militaires mexicains.

Ville paralysée

En réaction à l’opération, des membres présumés du cartel ont déclenché une vague de violence dans 20 États du Mexique. Des individus armés ont bloqué plusieurs routes dans le Jalisco avec des voitures et des camions incendiés, où l’on pouvait voir la nuit des restes de véhicules calcinés et d’autres encore en flammes. La présidente Sheinbaum a appelé sur X la population à rester «informée et calme». «Des individus armés sont arrivés, j’ai vu le pistolet et ils nous ont dit de sortir, nous sommes sortis et ils avaient une voiture avec les portes ouvertes. J’ai pensé qu’ils allaient nous kidnapper, j’ai couru vers un stand de tacos» pour m’y réfugier, explique Maria Medina, employée d’un magasin incendié à Guadalajara.

Après un appel lancé à la population pour qu’elle se mette à l’abri, la ville – qui doit accueillir quatre matches de la Coupe du monde de football 2026 – s’est retrouvée paralysée. Les États-Unis ont appelé les ressortissants américains se trouvant dans plusieurs zones du Mexique, dont des villes et régions touristiques comme Cancun, Guadalajara et Oaxaca, à «se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre». Des compagnies aériennes américaines et canadiennes ont annulé des dizaines de vols vers plusieurs villes mexicaines. Le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie ont tous conseillé lundi à leurs ressortissants de renoncer aux «voyages non essentiels» dans une dizaine d’États mexicains, dont Chihuahua, Sinaloa et Jalisco. Le Guatemala a placé ses forces de sécurité en alerte et renforcé la surveillance de sa frontière avec le Mexique, qui fait régulièrement l’objet d’incursions de gangs.

Une guerre sans nom

Selon les autorités mexicaines, à 20 h, près de 90 % des 229 barrages enregistrés dans le pays avaient été levés. Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain, a qualifié la mort du narcotrafiquant de «grande victoire pour le Mexique, les États-Unis, l’Amérique latine et le monde entier». Le CJNG, qu’Oseguera avait formé en 2009, a été qualifié en 2025 d’organisation terroriste par les États-Unis, qui l’accusent de trafic de cocaïne, d’héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl. Le cartel est l’un des plus violents au Mexique, selon le département d’État qui le décrit comme «transnational, présent dans presque tout le Mexique», pratiquant l’extorsion, le trafic de migrants, volant du pétrole et des minerais, et faisant le commerce des armes.

Pendant longtemps, il n’a pas réussi à rivaliser avec les cartels qui contrôlaient la frontière avec les États-Unis. Il s’est alors tourné vers d’autres marchés. «L’Europe, l’Asie, l’Afrique et même l’Australie étaient moins disputées par les Mexicains, et là-bas la drogue se paie plus cher», explique José Reveles, écrivain spécialiste du narcotrafic. Les violences liées aux cartels ont fait plus de 450 000 morts et plus de 100 000 disparus depuis 2006 au Mexique, selon les chiffres officiels.

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