Alors que Sébastien Lecornu a sommé La France insoumise de «faire le ménage» dans ses rangs, le gouvernement a annoncé restreindre les meetings politiques dans les universités après la mort Quentin Deranque.
La tension n’est pas retombée en France après la prise de parole lundi du procureur de la République sur l’enquête menée autour de l’agression mortelle à Lyon de Quentin Deranque, jeune militant identitaire de 23 ans. Au cœur d’une séance de questions au gouvernement particulièrement tendue à l’Assemblée nationale mardi, quoique sans incident, Sébastien Lecornu a vivement critiqué le parti de La France insoumise.
Le Premier ministre français a même qualifié d’«abjecte» la défense de Mathilde Panot, cheffe des députés insoumis, qui venait de dénoncer ceux qui «instrumentalisent» la mort du militant nationaliste pour «salir» son parti.
Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon est attaqué depuis la mort samedi du jeune homme de 23 ans, deux jours après avoir été roué de coups par plusieurs individus. Certains d’entre eux seraient liés, selon le collectif identitaire Némésis auquel appartenait Quentin Deranque, à la Jeune Garde, fondée à Lyon par Raphaël Arnault désormais député LFI. Des accusations non confirmées par le parquet à ce stade.
«Faites le ménage dans vos rangs»
«Nous n’acceptons pas que la violence physique, d’où qu’elle vienne, soit employée pour régler les conflits. Ceux qui instrumentalisent ce drame pour nous salir doivent cesser», a martelé dans l’hémicycle Mathilde Panot.
Elle a aussi reproché à l’exécutif un «silence», notamment après la mort de l’ancien international de rugby argentin Federico Martin Aramburu, assassiné à Paris en 2022, alors que le principal suspect du futur procès en septembre est un ancien du mouvement d’ultradroite Groupe Union Défense (GUD).
Applaudi par des députés des rangs macronistes jusqu’au Rassemblement national, Sébastien Lecornu a vertement répliqué : «Ce que vous venez de faire est absolument ignoble et abject». Et le chef du gouvernement d’ajouter : «Il est temps que vous fassiez le ménage, Madame la présidente Panot, le ménage dans vos propos, le ménage dans vos idées, et surtout le ménage dans vos rangs». Un échange électrique qui tranchait avec la minute de silence en hommage à Quentin Deranque, observée par tous les députés.
De son côté, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a déclaré que «la Jeune Garde tue, et La France insoumise devrait le condamner». Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a, lui, évoqué une «violence (…) voulue (par) Jean-Luc Mélenchon comme un outil politique», et même une personnalité de gauche, Raphaël Glucksmann, s’est vivement démarqué des insoumis.
Les meetings dans les facs visés
Le porte-parole du groupe PS, Romain Eskenazi, est le seul a avoir estimé que LFI ne pouvait être tenue responsable de la mort de l’étudiant, mais avait une «responsabilité dans la brutalisation de la vie et des discours politiques». La France insoumise, qui a soutenue la minute de silence, n’a «aucun lien» avec cette agression, ni «aucune responsabilité politique», a répliqué mardi son coordinateur national Manuel Bompard.
Bien que les responsabilités dans le décès de Quentin Deranque n’ont pas encore été établies, plusieurs suspects ont tout de même été identifiés, dont certains liés à l’«ultragauche» mais pas fichés S.
Le jeune homme étant décédé en marge de la conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon, le gouvernement veut serrer la vis aux universités, en limitant drastiquement dans les facs ces réunions politiques accusées de générer des «violences». «Avec les risques qu’on a aujourd’hui qui sont maintenant tristement très, très clairs, évidemment non, il n’y aura pas d’autres meetings de ce type-là dans les établissements», a assuré mardi le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste.
Une circulaire, datée de lundi, a été envoyée aux préfets et aux recteurs en ce sens. «Le contexte actuel montre hélas que des troubles graves à l’ordre public peuvent survenir à l’occasion de telles réunions», peut-on notamment lire.
À Paris, deux enquêtes ont été ouvertes à la suite d’un rassemblement organisé dimanche dernier durant laquelle une cinquantaine de personnes cagoulées ont réalisé des saluts nazis et crié «on est chez nous, justice pour Quentin». À l’arrivée de la police, des croix gammées et de tags antisémites ont été découverts sur la statue de la République.