Après un renvoi de son procès à l’automne, Gérard Depardieu, l’acteur le plus connu à avoir été rattrapé par la vague #Metoo en France, est jugé lundi à Paris, accusé d’agressions sexuelles sur deux femmes lors d’un tournage.
Récompensé d’un César du meilleur acteur en 1981 pour son rôle dans « Le Dernier Métro » de François Truffaut et en 1991 pour « Cyrano de Bergerac » de Jean-Paul Rappeneau, Gérard Depardieu a été pendant plusieurs décennies considéré comme un monstre sacré du cinéma français, connu dans le monde entier, avant de faire l’objet de multiples accusations de violences sexuelles.
L’audience doit débuter à 13 h 30 et se poursuivre au moins mardi devant le tribunal correctionnel. Le prévenu de 76 ans ne s’était pas présenté en octobre dernier, son avocat invoquant les suites d’un quadruple pontage coronarien et un diabète amplifié par le stress du procès à venir.
Cette fois, « il sera là », a affirmé Me Jérémie Assous. Les deux plaignantes seront également présentes, selon leurs conseils.
Selon l’avocat du comédien, une expertise médicale a établi que l’audience devrait être aménagée, pour que les journées n’excèdent pas six heures.
Me Carine Durrieu-Diebolt, avocate d’une des plaignantes, a souligné de son côté que l’expert avait fait part de « l’état de santé bon, voire très bon, du prévenu sur les plans cardiaque et diabétique ».
« Dire sa vérité »
Face au comédien, par ailleurs mis en examen pour viol et qui a fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles, deux femmes : Amélie, 54 ans, et Sarah (prénom modifié), 34 ans.
Ces dernières, respectivement décoratrice et assistante réalisatrice sur le film « Les Volets verts » de Jean Becker, accusent Gérard Depardieu d’agression sexuelle, harcèlement sexuel et outrages sexistes lors du tournage.
« Mon client veut dire sa vérité parce qu’il est victime d’accusations mensongères », a insisté l’avocat de l’acteur.
Confirmant sa présence au procès, Me Assous a assuré lundi matin sur la radio RMC qu’on allait passer « d’un dossier accablant à un dossier qui va être en faveur de Gérard Depardieu », des témoins ayant confirmé que ce n’était pas possible, et que s’il y avait eu une agression, « ils l’auraient vu ».
Me Claude Vincent, conseil d’une des plaignantes, a souligné quant à elle sur une autre radio que cette dernière « attend » le procès « depuis très longtemps », entre « crainte de la manière dont ça va se dérouler » et volonté de « donner sa parole ».
Dans sa plainte déposée en février 2024, Amélie dénonçait des faits remontant à septembre 2021, qui se seraient déroulés pendant le tournage dans un hôtel particulier de Paris.
Dans son récit au site d’investigation Mediapart, la décoratrice expliquait que Gérard Depardieu aurait soudainement hurlé, lors d’une conversation, qu’il voulait un « ventilateur », car il ne pouvait « même plus bander » avec cette chaleur, puis il aurait assuré pouvoir « faire jouir les femmes sans les toucher ».
Une heure plus tard, il l’aurait « attrapée avec brutalité » et l’aurait « bloquée en refermant ses jambes sur (elle) comme un crabe », puis lui aurait « pétri la taille, le ventre, en remontant jusqu’à (ses) seins », assure-t-elle. Il lui aurait également tenu des « propos obscènes » tels que « viens toucher mon gros parasol, je vais te le fourrer dans la chatte ».
Assistante réalisatrice sur ce même film, Sarah accuse Gérard Depardieu de lui avoir touché à deux reprises « la poitrine et les fesses » en août 2021, d’après Mediapart.
Les deux femmes disent attendre avec impatience ce procès, mais redouter « la manière dont la défense de M. Depardieu traitera les parties civiles à l’audience », a déclaré Me Claude Vincent, avocate de Sarah.
Lettre ouverte
En octobre, le renvoi du procès avait été décidé à l’issue de plaidoiries mouvementées, l’avocat de la défense ayant dénoncé une enquête bâclée et à charge tout en accusant les parties civiles de « chercher la lumière des médias ».
Gérard Depardieu a été accusé de comportements identiques par une vingtaine de femmes, mais plusieurs procédures ont été classées pour cause de prescription des faits.
La comédienne française Charlotte Arnould a été la première à porter plainte en 2018. En août dernier, le parquet de Paris a requis un procès pour viols et agressions sexuelles à l’encontre de l’acteur. Un juge d’instruction doit encore décider de l’issue du dossier.
« Jamais, au grand jamais, je n’ai abusé d’une femme », avait assuré l’acteur dans une lettre ouverte publiée dans le journal Le Figaro en octobre 2023.
Deux mois plus tard, le président français, Emmanuel Macron, avait choqué les associations féministes en saluant un « immense acteur » qui « rend fière la France » et en dénonçant « une chasse à l’homme ».
Lancé en 2017 pour dénoncer le comportement du producteur américain Harvey Weinstein, le mouvement #MeToo a déferlé ces dernières années sur le cinéma français.
Plusieurs grands noms ont été accusés de violences sexuelles, comme les réalisateurs français Jacques Doillon et Benoît Jacquot.