Face à l’interdiction d’accès à Gaza imposé par Israël à 37 grandes ONG humanitaires, de vives critiques internationales dénoncent une entrave illégale à l’aide indispensable pour la population.
Israël a confirmé jeudi interdire d’accès à la bande de Gaza 37 organisations humanitaires internationales majeures, à qui il reproche de ne pas avoir communiqué la liste des noms de ses employés, exigée désormais officiellement à des fins de «sécurité».
Cette mesure fait craindre de nouveaux ralentissements dans la fourniture d’aide à Gaza, dévastée par deux ans de guerre et dont une majorité des habitants a urgemment besoin de logements, soins et nourriture. Elle suggère aussi une volonté de surveillance des employés palestiniens par Israël, jugée illégale par certaines ONG.
«Les licences des organisations ont expiré et il leur est interdit d’acheminer de l’aide. Elles ont deux mois pour retirer leurs équipes», a expliqué à l’AFP le porte-parole du ministère de la Diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme. D’ici le 1er mars, «si elles daignent nous soumettre les documents qu’elles ont refusé de nous fournir au cours des dix derniers mois, nous examinerons leur demande», a ajouté Gilad Zwick.
MSF critique Israël
Dans un communiqué, le ministère israélien a affirmé que cette «exigence» visait à «empêcher l’infiltration d’opérateurs terroristes au sein des structures humanitaires» étrangères. «L’assistance humanitaire est la bienvenue, l’exploitation des cadres humanitaires à des fins de terrorisme ne l’est pas», a martelé le ministre, Amichai Chikli.
Israël a été vivement critiqué par la communauté internationale à l’approche de l’échéance – le 31 janvier à minuit – imposée aux ONG pour se soumettre à leurs nouvelles obligations. Parmi ces organisations figurent de grands acteurs du secteur, dont Médecins sans frontières (MSF), le Norwegian Refugee Council (NRC), Care, World Vision ou Oxfam.
De son côté, MSF a expliqué ne pas avoir obtenu d’Israël «des garanties et des clarifications» concernant cette demande «préoccupante». Shaina Low, porte-parole du NRC, a de son côté dénoncé auprès les «actions prises depuis deux ans pour entraver et marginaliser les acteurs humanitaires».
À Gaza, les employés locaux sont «épuisés» et leurs collègues étrangers «leur apportent un degré additionnel d’aide et de sécurité. Leur présence est une protection», a-t-elle fait valoir, confirmant le refus de l’ONG norvégienne de fournir les identités aux autorités.
«Mépris du droit international humanitaire»
Mercredi, l’Union européenne a exigé la levée des «obstacles» à l’aide humanitaire. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Turk, a lui estimé que «de telles suspensions arbitraires (aggravaient) encore une situation déjà intolérable pour la population de Gaza», où un fragile cessez-le-feu est en vigueur depuis le 10 octobre entre Israël et le Hamas.
La question de l’aide et de son utilisation est extrêmement sensible depuis le début de la guerre, déclenchée par l’attaque du Hamas en Israël du 7 octobre 2023. En 2024, Israël avait déjà interdit à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) d’opérer sur son sol, accusant certains de ses employés d’avoir participé à l’attaque du 7-Octobre.
Le patron de l’Unrwa, Philippe Lazzarini, a qualifié la réglementation israélienne de «dangereux précédent», dénonçant un «mépris du droit international humanitaire» et une «multiplication des obstacles» à l’aide.