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France : des tracteurs au cœur de Paris, les agriculteurs expriment leur «ras-le-bol»


Les syndicats agricoles disent aussi unanimement «NON» à l'accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, qui doit faire l'objet d'un vote des États membres vendredi à Bruxelles.(Photo : afp)

La présidente de l’Assemblée nationale française reçoit jeudi après-midi les représentants des agriculteurs de l’Hexagone en colère, venus exprimer par centaines à Paris leur « ras-le-bol » et dont des dizaines de tracteurs campent dans la capitale ou sont bloqués à ses portes.

Deuxième syndicat agricole en France, la Coordination rurale (CR), habitué des opérations coup-de-poing et interdit de manifester autour des institutions parisiennes jeudi, est passée outre et a débarqué à l’aube autour de l’Arc de triomphe et de la tour Eiffel.

La présidente de l’Assemblée a commencé par recevoir en début d’après-midi la FNSEA, le premier syndicat agricole, et la Coordination rurale devait suivre.

Le président du Sénat a également reçu ces deux syndicats à la mi-journée, a confirmé son cabinet.

Des parlementaires sont venus échanger avec des manifestants ainsi que la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, qui n’a pas fait de déclaration. Plus tôt, la présidente de l’Assemblée, qui était allée à la rencontre des manifestants, avait été chahutée et invectivée.

José Pérez, l’un des représentants de la CR dans le sud-ouest, a déploré une absence d’engagement après l’échange avec la ministre. Il n’y a rien du tout, aujourd’hui il faudrait un engagement sur la suppression des normes françaises », a-t-il déclaré à la presse, ajoutant que les agriculteurs ne repartiraient pas « sans réponses». «S’ils rentrent à la maison, ou ils se suicident, ou il y aura la révolution.»

«Non au Mercosur»

La CR demande un «moratoire» sur les contrôles et la suppression des agences environnementales, ainsi que la fin de l’abattage total des troupeaux bovins infectés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une stratégie gouvernementale qui a ravivé début décembre la colère des agriculteurs français.

«Personne ne pensait qu’on y arriverait. On est là et on attend du concret. Y’en a ras-le-bol. Macron nous sort des milliards d’euros pour aider l’Ukraine (…) alors que la crise est dans son pays», s’exclame Richard Félicien, céréalier et éleveur de volailles près de Chartres (centre), arrivé dans la nuit aux portes de Paris.

Les syndicats agricoles disent aussi unanimement «non» à l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, qui doit faire l’objet d’un vote des États membres vendredi à Bruxelles.

La France devrait voter contre, quitte à être en minorité, mais la position française définitive sera donnée par le Premier ministre et le président de la République.

La FNSEA et ses alliés des Jeunes agriculteurs (JA), plus en retrait des mobilisations ces dernières semaines malgré des rassemblements en régions, ont appelé jeudi matin à un grand rassemblement le 20 janvier devant le Parlement européen à Strasbourg, si le traité était signé ce week-end.

Les récentes annonces du gouvernement ou de Bruxelles ainsi que les rencontres successives à Matignon n’ont pas satisfait les agriculteurs, qui demandent depuis 2024 des simplifications administratives et un allègement des normes, notamment européennes, jugées trop contraignantes et sources de concurrence déloyale.

Actions «illégales»

Allègement de la taxe carbone européenne sur les engrais, interdictions de certains produits importés… La ministre de l’Agriculture a dit avoir obtenu des «avancées cette semaine» et vouloir poursuivre le travail. Mais certaines mesures dépendent du vote du budget et d’autres de Bruxelles.

Si Annie Genevard a joué l’apaisement en appelant au «dialogue» jeudi matin, la porte-parole du gouvernement a quant à elle adopté un ton ferme face aux actions «illégales» menées par la Coordination rurale dans Paris.

La préfecture de police a interdit les manifestations autour de certaines zones comme l’Élysée, Matignon, le Parlement, des ministères ou le marché de gros de Rungis, en région parisienne.

Des convois sont bloqués autour de Paris et de nombreux tracteurs ont été mis en fourrière, selon une source proche du dossier.

Quelque 46 tracteurs ont été recensés à Paris et 63 en périphérie, ainsi que 670 manifestants, selon le dernier décompte du ministère de l’Intérieur.

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