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France : après le budget, Sébastien Lecornu face au grand vide


Toujours privé de majorité, Sébastien Lecornu ne peut pas engager de réformes d'ampleur, encore moins à quinze mois de la présidentielle. (Photo afp)

Après avoir trouvé le « chemin » du budget, quelle route empruntera Sébastien Lecornu, quasi assuré de rester à Matignon jusqu’à la fin du mandat d’Emmanuel Macron, dont il est très proche mais dont il a dû céder une partie de l’héritage ?

Le Premier ministre français va se retrouver devant un grand vide quand le budget sera définitivement adopté, probablement début février, au bout d’interminables semaines de débats. Toujours privé de majorité, il ne peut pas engager de réformes d’ampleur, encore moins à quinze mois de la présidentielle. S’il a toujours démenti prétendre lui-même à l’Elysée, la question peut néanmoins se poser pour le «conciliateur» qu’il est devenu après le compromis noué avec le PS, avance une ministre. «Quand vous êtes à Matignon, vous ne pouvez pas ne pas penser à l’Elysée».

«Mais est-ce que c’est ça, ce à quoi les Français aspirent»: la concertation valant «apaisement» et «calme» ? Ou au contraire la «rupture» et la «conflictualité» ? «C’est difficile aujourd’hui de répondre», ajoute-t-elle. François Hollande le voit, lui, rester jusqu’à la présidentielle, sans exclure un potentiel rapprochement avec les sociaux-démocrates. «Si on veut se présenter unis devant les électeurs, il faut être capable de se montrer unis dans l’enceinte de l’Assemblée», estime l’ancien président socialiste.

Un «moine soldat» peu connu du grand public

Sébastien Lecornu sera «testé» par les sondeurs, assure une ancienne ministre, qui loue son entregent. «C’est une bête de relations humaines». Mais, pour être candidat, le «moine soldat» peu connu du grand public, qui a fait de la discrétion sa marque de fabrique, devra sortir de son silence. Et il n’a que 15 mois pour présenter des propositions et réunir des soutiens.

Le chef de file des députés PS Boris Vallaud n’a lui «aucun souhait de carrière» pour celui qui est devenu l’interlocuteur privilégié de son parti. Il reste sans majorité «dans un état de précarité». Après avoir accédé à de nombreuses demandes du PS, «on ne sait pas bien où est son curseur politique», pointe le politologue Bruno Cautrès, ce qui peut faire défaut à celui qui se présente comme un «gaulliste social».

Emmanuel Macron, qui s’est déjà brouillé avec son éphémère Premier ministre Gabriel Attal, choisira-t-il ce fidèle soldat comme son héritier alors que son budget pour 2026 fait grincer des dents parmi les siens ? Dégainer le 49.3 après avoir promis de ne plus l’utiliser, «ce n’est pas bon pour la crédibilité de la parole politique», grince une source au sein des députés macronistes.

Sébastien Lecornu, «il est sioux» mais «il nous abîme plus nous» que lui, parce que le budget «met beaucoup de poussière sous le tapis» qui ressortira pendant la campagne présidentielle, tacle une députée Renaissance, amère après les concessions faites, dont la suspension de l’emblématique réforme des retraites.

«Macronisme bousillé»

«Il va fermer la porte du macronisme, bousillé depuis 2024» par la dissolution, «alors qu’il était quand même dans la bande des gars qui ont eu cette idée», ajoute l’élue.

Un proche du président modère les critiques. «Il y a eu des victoires socialistes, c’est légitime» mais «il y a quand même des marqueurs du bloc central». Sébastien Lecornu rappelle, lui, à ses interlocuteurs avoir fait barrage à la taxe Zucman, à une autre taxe sur les géants de la tech (Gafam) ou à une remise en cause du pacte Dutreil sur les transmissions d’entreprises. Comme pour amadouer la droite elle aussi mécontente, le Premier ministre compte désormais mettre l’accent sur le régalien (police, justice, armées), outre le sensible projet de loi sur la fin de vie et les textes promis sur la décentralisation et l’agriculture.

Mais la fenêtre risque d’être étroite au Parlement, où le gouvernement ne disposera que de six à sept semaines «utiles» pour inscrire ses textes, a calculé une ministre. A l’occasion des municipales en mars, qui vont aussi limiter la marge de manoeuvre de l’exécutif, il aura le loisir d’aller soutenir des candidats. Lui-même figure sur la liste du maire sortant de Vernon (Eure) François Ouzilleau, qui lui a succédé en 2015.

Une campagne peut-être précédée par un mini-remaniement puisque la ministre de la Culture Rachida Dati, candidate à Paris, a dit qu’elle quitterait le gouvernement avant le scrutin des 15 et 22 mars.

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