Neuf ans après leur exode massif vers le Bangladesh, des dizaines de milliers de Rohingyas ont manifesté mardi dans les camps de Cox’s Bazar pour dénoncer leurs conditions de vie et réclamer leur retour en Birmanie, alors que l’aide internationale se réduit.
Des dizaines de milliers de réfugiés rohingyas ont manifesté mardi pour dénoncer leurs conditions de vie précaires dans les camps du Bangladesh, neuf ans après le début de leur exode pour échapper à la répression et à la guerre civile en Birmanie voisine.
Quelque 1,2 million de membres de cette minorité musulmane birmane, selon la dernière évaluation de l’ONU, s’entassent dans le district frontalier de Cox’s Bazar, au sud du Bangladesh, la plus grande concentration de réfugiés au monde.
Chaque année, des milliers d’entre eux prennent tous les risques pour rallier les pays voisins à bord d’embarcations de fortune. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 6 500 Rohingyas ont tenté la traversée de l’océan Indien en 2025. Près de 900 y ont perdu la vie ou ont disparu.
Pour le neuvième anniversaire du début de leur fuite, le Conseil uni des Rohingyas (UCR) a appelé mardi la communauté à «se souvenir des atrocités commises» et à dénoncer la «crise humanitaire en cours».
Des dizaines de milliers d’entre eux y ont participé dans plusieurs camps, selon un correspondant de l’AFP, brandissant des pancartes «justice pour les Rohingyas, notre espoir est le retour au pays» ou «plus de génocide».
«L’armée a pris possession de nos terres il y a neuf ans», s’est rappelée une réfugiée, Sabikunnahar, 32 ans, arrivée à Cox’s Bazar en 2017 pour échapper à la répression de la junte birmane, qui a causé la mort de plusieurs de ses proches. «En ce jour, j’ai toujours le cœur déchiré», a-t-elle ajouté, «mes yeux sont encore remplis des larmes que je verse pour mon pays».
Des conditions de vie toujours plus précaires
La première vague de réfugiés a été suivie d’autres, nourries par la guerre civile ouverte par le coup d’État militaire de 2021 qui, selon l’ONG américaine Acled, a causé plus de 100 000 morts.
Leurs conditions de vie se sont aggravées avec le surpeuplement et, depuis l’an dernier, la réduction de l’aide financière internationale, qui a contraint le HCR à réduire ses rations alimentaires quotidiennes. Ces rations ne couvrent «que 20 jours au plus par mois», a déploré un réfugié, Salam. «Nous ne voulons pas rester des réfugiés.»
«Nous ne pouvons plus attendre que la communauté internationale permette notre retour au pays», a insisté le chef de l’UCR, Sayed Ullah. «Nous allons prendre en main notre destinée», a-t-il menacé.
Le Bangladesh, qui se dit dépassé par la situation, prône le retour des Rohingyas dans leur pays. La répression menée par la Birmanie en 2017 fait l’objet d’une procédure pour génocide devant la Cour internationale de justice, à La Haye.