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Affamés, blessés, orphelins : les enfants du Soudan du Sud piégés dans un nouveau conflit


Un conflit d'une extrême violence entre l'armée et les forces paramilitaires a plongé des millions de personnes dans la famine, le déplacement forcé et le manque d'aide humanitaire. (Photo : afp)

Au Soudan du Sud, la population fait face à une crise humanitaire et sanitaire sans précédent, accentuée par une baisse drastique de l’aide internationale.

Une balle dans la jambe, un bébé de 18 mois gît immobile sur un lit d’hôpital sale, au cœur d’une zone de conflit du Soudan du Sud. Le plus jeune pays du monde compte un nouvel orphelin. «Quand ils sont arrivés, ils ont commencé à tirer sur tout le monde alentour – les vieux, les enfants et les mères», raconte sa grand-mère Nyayual à l’hôpital d’Akobo, dans l’État de Jonglei, au nord de la capitale Juba.

La balle qui a touché l’enfant a aussi tué sa mère, la fille de Nyayual – dont l’AFP n’utilise que le prénom par crainte de représailles. Celle-ci affirme que ce sont les forces gouvernementales qui ont attaqué leur village. «Nous avons fui, ils continuaient à nous tirer dessus», se rappelle-t-elle.

Après des décennies de conflit contre le pouvoir de Khartoum, le Soudan du Sud est devenu indépendant en 2011. Mais le jeune pays a rapidement sombré dans une guerre civile, sur fond de lutte de pouvoir entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar, deux chefs militaires de la lutte d’indépendance. En 2018, un accord de partage du pouvoir a apporté une paix relative, Machar redevenant le vice-président de Salva Kiir. Mais les tensions sont réapparues en 2025 et Machar est depuis en résidence surveillée.

L’hôpital d’Akobo – un ensemble de bâtiments délabrés, la plupart sans portes ni fenêtres – ne compte qu’un seul chirurgien, débordé. Plus de 40 jeunes hommes étaient soignés pour des blessures par balles lors de la visite de l’AFP. Dans une salle, une femme âgée était allongée, touchée aux deux jambes par des tirs de soldats, selon ses proches qui racontent l’avoir portée pendant des jours avant de trouver une voiture pour les conduire à l’hôpital. Sollicitée, l’armée n’avait pas réagi au moment de la publication.

«Catastrophe»

Les combats dans le Jonglei entre forces gouvernementales, loyales à Salva Kiir, et milices pro-Machar ont déplacé quelque 280 000 personnes depuis décembre, dont plus de la moitié sont des enfants, indique l’Unicef, certaines fuyant pour la deuxième ou la troisième fois. Environ 825 000 enfants risquent une malnutrition aiguë dans trois États du pays : Jonglei, Unité et Équatoria-Oriental.

Akeer Amou, 33 ans, a fui le Jonglei pour un camp informel sur les rives du Nil Blanc, où elle a donné naissance à son cinquième enfant. L’endroit, qui ne figure sur aucune carte, n’est connu que sous le nom de Yolakot, qui signifie «rivière». Des centaines de femmes et d’enfants y survivent désormais à l’ombre des arbres. Akeer Amou ne sait pas pourquoi le conflit a éclaté. Mais son fils, qu’elle a appelé Riak – ce qui signifie «catastrophe» – en subira les conséquences. «Le lait maternel vient quand on a de quoi manger, mais maintenant il n’y a rien», s’inquiète-t-elle en le berçant doucement.

Les mères passent leurs journées à glaner des fruits, des noix et des graines de nénuphar, tandis que les enfants barbotent dans les eaux troubles du fleuve. La plupart sont affamés. Un responsable local a indiqué qu’environ 6 700 personnes attendaient de la nourriture, sans aucune aide en vue.

Rupture de stocks

À Bor, la capitale de Jonglei, les médecins tentent de répondre à l’afflux de déplacés avec des stocks qui s’épuisent rapidement. David Tor, directeur par intérim de l’hôpital de la ville, a présenté une mère contrainte d’accoucher dans des marécages voisins. Il a réussi à faire baisser la fièvre du nouveau-né, une rare bonne nouvelle. La mère a fui Fangak, une ville du nord du pays où, en mai dernier, le seul établissement de santé pour plus de 100 000 personnes – géré par l’ONG Médecins sans frontières (MSF) – a été la cible d’une attaque d’hélicoptères et de drones, qui a détruit sa pharmacie et ses stocks de médicaments.

Face aux arrivées de nombreuses personnes ayant besoin de soins urgents, David Tor se désole d’être «presque à court de tout» et craint de voir des patients mourir. La ministre de l’Information de l’État, Nyamar Lony Thichot Ngundeng, a affirmé que l’hôpital recevait des approvisionnements suffisants.

Piégés

Le Soudan du Sud est classé pays le plus corrompu au monde par Transparency International. Des milliards de dollars de revenus pétroliers ont été détournés par l’élite au pouvoir, selon l’ONU, et le pays dépend à 80-90% de bailleurs internationaux pour ses besoins de santé.

En outre, la reprise des combats est en train de créer une nouvelle génération sans perspectives de vie meilleure. Selon la Banque mondiale, 70% des enfants ne sont pas scolarisés. Dans un camp de déplacés au sud de Bor, où quelque 35 000 personnes sont arrivées récemment, des mères faisaient la queue pour inscrire leurs enfants à un programme d’éducation d’urgence et de soutien psychosocial qui accueille déjà près de 2 000 élèves.

La vie de Nyanhiar Malneth, 28 ans, a été ponctuée de guerres et d’années passées dans des camps de déplacés avec ses cinq enfants. «Je veux qu’ils aillent à l’école», dit cette femme dont la scolarité s’est arrêtée quand elle avait huit ans. Mais d’autres préoccupations sont plus urgentes : «Nous avons besoin de quelque chose à manger.»

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