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«À qui lâchera le premier» : à six mois de la présidentielle, la jeunesse française hausse le ton


La mobilisation jeudi a rassemblé quelque 70 000 manifestants. (Photo : afp)

Des blocages locaux aux manifestations d’ampleur nationale, la colère de la jeunesse a changé d’échelle en quelques semaines, les lycéens comptant bien imposer leurs préoccupations au sommet de l’agenda politique à six mois de la présidentielle.

«Écoutez-nous, et on arrêtera», assure Nesrine, 18 ans, aux CRS déployés jeudi matin devant son lycée Hélène-Boucher à Paris, à l’occasion de l’«acte IV» de la mobilisation.

Bâtiments insalubres, emplois du temps surchargés, professeurs non remplacés, pression de Parcoursup… Depuis la mi-septembre, la contestation s’est propagée de lycée en lycée et s’est étendue aux étudiants.

À Marseille, Paloma, 14 ans, y voit «une manière de pouvoir protester contre tout ce qui se passe au lycée et même en dehors parce qu’on est quand même en période électorale». «Quand on le dit normalement, on ne se fait pas entendre», déplore-t-elle.

Partie de quelques établissements franciliens, dont le lycée Saint-Exupéry de Créteil, la grogne s’est progressivement étendue à l’ensemble du territoire, transformant des revendications locales en mouvement national.

Fin septembre, l’Union syndicale lycéenne (USL) appelle à des blocages partout en France à l’occasion d’une journée de mobilisation dans la fonction publique, rapidement rejointe par les organisations étudiantes.

Pour les lycéens, la mobilisation est un succès. Le gouvernement déplore de son côté des «violences inqualifiables».

Violences policières

Deux jours plus tard, un «acte II» est lancé et marque un changement de dimension. Proviseurs agressés, tirs de mortiers, établissements incendiés : la contestation se durcit et les affrontements avec les forces de l’ordre se multiplient.

Plus de 1 000 établissements sont perturbés et plus de 200 bloqués. Les images tournent en boucle sur les chaînes d’information en continu.

Après dix jours de contestation, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray reçoit finalement les organisations lycéennes et leur promet un plan d’action pour accélérer le remplacement des enseignants absents, un travail sur les rythmes scolaires et une réflexion sur la «démocratie scolaire».

Quelques jours plus tôt, il avait annoncé une plateforme de concertation destinée à recueillir les revendications des élèves.

Le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste reçoit également les organisations étudiantes.

Fustigeant l’absence de «mesures concrètes», les organisations lycéennes et étudiantes maintiennent leur appel à poursuivre la mobilisation et réclament un rendez-vous avec le Premier ministre, Sébastien Lecornu.

À l’Élysée, l’impatience aurait également gagné le chef de l’État. Selon un interlocuteur régulier d’Emmanuel Macron, le président reproche à son ministre de l’Éducation d’avoir sous-estimé la contestation, de ne pas avoir «senti le truc venir», et de ne pas être sorti sur le terrain pendant les dix premiers jours.

L’«acte III», mardi, marque un nouveau cap. Soutenu par les syndicats enseignants et les organisations étudiantes, le mouvement rassemble entre 266 000 et 450 000 personnes à travers le pays.

Le leader de LFI et candidat à l’Élysée Jean-Luc Mélenchon salue la «discipline» d’une «jeunesse levée pour son avenir» et «maîtrisée». Le patron des socialistes et candidat à la présidentielle Olivier Faure loue lui aussi une «génération qui se lève».

«Trop jeune pour être écouté, mais assez grand pour se faire gazer», «les lycéens visent le bac, la BAC vise la tête»… Dans les manifestations, les slogans contre les violences policières occupent une place presque aussi importante que les revendications sur le manque de moyens.

Un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens lundi. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil lors d’un blocus, le parquet évoquant des lésions «compatibles» avec un tir de LBD.

Face aux accusations de violences policières, le Premier ministre réagit vivement. Parler d’«instructions politiques de répression policière» est un «mensonge» qui jette «l’opprobre contre la police», tonne-t-il mercredi à l’Assemblée nationale, évoquant des «accidents» qui «peuvent arriver».

«Mobilisation historique»

Dans la soirée, Sébastien Lecornu tente de calmer le jeu dans une allocution depuis Matignon. Sans annoncer de mesure immédiate, il renvoie à «la fin du mois d’octobre» pour les premières décisions gouvernementales.

«La colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Nul ne peut être indifférent aux angoisses qu’ils expriment», affirme-t-il.

Pas de quoi convaincre les syndicats et organisations de jeunesse qui appellent à une nouvelle journée de grève et de manifestations le 13 octobre.

«C’est une mobilisation historique», se félicite Manon Moret, de l’UNEF, depuis la place de la Bastille à Paris où des dizaines de milliers de personnes se sont réunies jeudi, estimant que le gouvernement reste «dans l’incapacité totale de répondre aux revendications de la jeunesse».

«Tant qu’on n’aura pas 10 milliards sur la table, on continuera à se mobiliser», martèle Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante.

Sur le terrain, beaucoup de lycéens se disent déterminés à poursuivre le mouvement. «C’est un peu un jeu entre le gouvernement et nous, à qui lâchera le premier», résume Lucine, 16 ans, élève de première à Brest.

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