Lancée le 28 février dernier, la pétition afin de restreindre les vols de nuit au Findel dépasse difficilement les 1 000 signatures tandis que ses défenseurs s’activent avant la fin du délai de recevabilité.
La croissance de l’aéroport du Findel, dont la direction a accueilli avec joie 5 millions de voyageurs en 2024, ne fait pas que des heureux. Ces dernières années, la colère des riverains a pris de l’ampleur contre l’irrespect du couvre-feu aérien de 23 h à 6 h. Malgré la mobilisation de certains citoyens excédés, les nuisances demeurent. Pis encore, elles ne font que croître puisque 3 044 vols dits exceptionnels (lire ci-contre) ont été effectués sur cette plage horaire en 2024, soit environ 8 vols de nuit par jour et 20 % de plus que par rapport à 2023, l’ancienne année record.
Pour Denis Troyan, il était temps d’agir. Alors cet habitant de Gasperich a déposé une pétition en janvier dernier afin d’«interdire les vols de nuit (22 h-6 h) à Luxembourg, y compris les vols cargo». «Je subis quotidiennement les nuisances des avions-cargos qui passent sans respecter le couvre-feu», explique l’intéressé, en dépit de ses fenêtres à triple vitrage.
Promotion limitée
Fatigué par le bruit de ces oiseaux de nuit, il justifie également leur interdiction de vol par les effets néfastes sur la santé. Le bruit des avions-cargos pouvant dépasser 100 décibels, cela affecterait la santé des résidents avec une augmentation de 15 à 20 % des maladies cardiovasculaires et risques de troubles du sommeil.
«J’ai lancé la pétition après avoir lu de nombreux articles et j’ai compris que le problème est très répandu. Cela m’a fait penser que le contrôle des vols de nuit n’est pas à l’ordre du jour du gouvernement et qu’une pétition semblait être un moyen de changer cela.»
Plein de bonne volonté, le pétitionnaire se heurte aujourd’hui à une dure réalité. En ligne depuis le 28 février dernier, sa pétition n° 3507 prend difficilement. Dix-huit jours avant la fin, le 11 avril, 989 personnes l’ont signée. Soit environ 18 % du nombre requis afin d’aboutir à un débat public. À quelques jours près, l’écart aurait été encore plus grand puisque le seuil pour un débat est passé de 4 500 à 5 500 signatures depuis le 15 mars.
«Tout le monde n’est pas à l’aise ou au courant de l’existence du site web, et les possibilités de promouvoir la pétition en personne sont limitées», déplore-t-il. Après avoir, en vain, demandé d’installer un stand dans la Ville de Luxembourg pour sensibiliser, «il ne me reste que des options très limitées, comme la distribution de tracts ou le piquetage discret, qui ne sont pas les meilleurs moyens d’attirer l’attention».
«La journée, on comprend»
Avec le soutien de quelques membres du groupe Facebook «Findel +», où sont recensés avec dépit les vols de nuit, Denis Troyan a tout de même organisé des actions afin de récolter des signatures dans la rue. Le 15 mars dernier, ils étaient une petite poignée devant le Cactus de Bonnevoie et idem samedi dernier, autour du Delhaize de Cents, où ils ont récolté dix signatures.
«C’est mieux que prévu, mais nous devons nous installer dans des endroits plus fréquentés. Ce week-end, nous allons à la gare, devant le Delhaize» annonce-t-il, loin de baisser les bras. Autour de lui, d’autres riverains du Findel espèrent encore atteindre les 4 500 signatures. Ainsi, Simon* a par exemple distribué près de 400 tracts dans des boîtes aux lettres.
Bien que motivé, ce dernier s’interroge sur les difficultés que connaît la pétition. Lorsqu’il la partage sur des pages Facebook de certains quartiers comme Gasperich ou Sandweiler, il confie «ne voir que très peu de réactions de la part des gens». «Parfois, on se fait quasiment insulter avec des gens qui nous disent que l’on savait que l’on achetait près d’un aéroport. La journée, on comprend car c’est un pôle économique important mais la nuit il faut réguler.»
À noter qu’une pétition similaire lancée en 2016 n’avait récolté que 692 signatures. Sans verser dans le pessimisme, Simon considère donc qu’un échec légitimerait l’inaction du gouvernement, à travers l’administration de la Navigation aérienne (ANA) à régler le problème.
* Le prénom a été changé.
Ce que dit la loi
Effectif de 23 h 01 à 5 h 59, le couvre-feu aérien peut néanmoins être enfreint. Premièrement, des dérogations permanentes sont réservées aux vols gouvernementaux, de recherche et de sauvetage, humanitaires et sanitaires, de détresse ainsi que dans le cadre d’obligations internationales du Grand-Duché.
Le second cas concerne les arrivées et départs de vols réguliers retardés, dont la dérogation n’est valable que pour le jour prévu. Cela concerne aussi bien le fret que le transport de passagers, mais tout vol ne figurant pas sur la liste des vols réguliers doit faire l’objet d’une demande individuelle de prolongation du couvre-feu. Les seules exceptions sont les vols non réguliers des opérateurs locaux, qui ont leur base au Findel.
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