Avant le lever du jour, les agriculteurs de la Moselle Sud ont quitté leurs fermes ce lundi 12 janvier pour prendre la route de Metz. En convoi, ils ont traversé plusieurs communes du Pays de Sarrebourg et du Saulnois avant de rejoindre la préfecture messine, mobilisés contre l’accord Mercosur.
Comme souvent, le soleil n’est pas encore levé lorsque les agriculteurs montent dans leur tracteur. Mais ce lundi 12 janvier, à Lixheim, en Moselle Sud, les roues ne mènent pas aux champs. Cinq engins quittent le village et s’engagent sur la route départementale en direction de Metz. À l’appel de la FDSEA 57 et des Jeunes Agriculteurs 57, ils prennent part à la mobilisation nationale contre l’accord Mercosur, la taxe carbone aux frontières et la politique agricole commune (PAC).
En tête du cortège, Rémi Becker ouvre la route. Sur son tracteur, il a relevé le bras métallique pour rendre visible le panneau qu’il a peint la veille : «Nos suicides nourrissent vos profits». Une phrase placée bien en vue, destinée à tous ceux qui croisent la colonne, comme pour annoncer d’emblée le sens de la mobilisation. Agriculteur à Schalbach et syndiqué, il guide le convoi à travers le sud mosellan. À 7 h 45, l’arrivée à Fénétrange marque une première étape.
D’autres agriculteurs attendent déjà sur le bord de la chaussée pour rejoindre le défilé. Et ceux qui manquent à l’appel ne sont pas pour autant absents du mouvement. «Nous savons que certains sont contraints et ne peuvent pas venir, mais qu’ils sont solidaires avec le mouvement», souligne le jeune homme. Beaucoup sont restés à la ferme, retenus par les animaux ou par les impératifs du quotidien.
Klaxons de soutien
D’autres ont choisi de s’organiser pour être présents malgré tout. Comme Camille Roth, qui se place en deuxième position dans le cortège. Pour manifester, elle a dû laisser derrière elle sa famille et ses salariés qui vont s’occuper de ses vaches. Installée depuis décembre 2023, elle s’inquiète déjà pour la suite. «J’aimerais pourtant pérenniser ma ferme, que mes enfants puissent la reprendre. Je suis là pour défendre mon métier, car je crois vraiment en l’agriculture française», confie-t-elle.
Mais la mobilisation n’a rien d’un réflexe facile. «Ce n’est jamais plaisant d’aller jusqu’à Metz, on ne le fait pas par plaisir, surtout quand on n’a jamais le résultat escompté», rappelle Rémi Becker, qui ne croit au soutien «ni de l’Europe ni d’Emmanuel Macron». Pourtant, une nouvelle fois, le convoi s’élance. Il compte désormais une quinzaine de tracteurs.
Sur la route, le soutien ne se limite pas aux tracteurs. Camions, voitures, automobilistes de passage montrent leur solidarité par des klaxons ou des gestes de la main. Les agriculteurs rendent les signes, brièvement, sans s’arrêter. Des échanges fugaces, mais répétés, qui ponctuent le trajet comme autant de marques d’appui.
Une quarantaine de tracteurs
Dans la cabine chauffée, Rémi Becker conduit jusqu’à Vic-sur-Seille, où d’autres agriculteurs sont attendus. Sa journée n’a pourtant pas commencé avec le convoi. Elle a débuté bien plus tôt, à la ferme, pour traire sa soixantaine de vaches. Il y retournera une fois la mobilisation achevée. Une parenthèse syndicale dans une journée de travail ordinaire, partagée par beaucoup.
Engagé depuis l’âge de 16 ans aux côtés de son père et de son oncle sur la ferme familiale, il continue de défendre une profession «où chacun se donne corps et âme», mais qui, selon lui, se fait «cracher dessus par l’Europe».
À l’arrivée, sur le parking de la Foire internationale de Metz, les tracteurs s’alignent. Ils sont plus d’une quarantaine, venus de toute la Moselle-Sud. Avant de rejoindre la préfecture messine, chacun prend le temps d’accrocher les drapeaux syndicaux à l’avant des engins. Le cortège s’ébranle à nouveau, dans un concert de klaxons, prêt à se faire entendre.
Marie-Amélie Masson
(Le Républicain lorrain)