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Autisme et trouble de la personnalité borderline : «On ne pardonne pas les handicaps quand ils sont invisibles»


Tony Fomblard a découvert à 27 ans qu’il était atteint d’autisme et du trouble de la personnalité borderline, après une crise importante dans sa vie amoureuse. (Photo : frédéric lecocq)

Dans une société remplie de codes, les personnes atteintes d’autisme sont souvent laissées de côté. Tony Fomblard en a souvent fait les frais. Il partage sa vision du handicap.

L’autisme est un atout pour Tony Fomblard, en tout cas dans sa vie d’artiste. Guitariste dans un groupe de punk rock, Charge 69, chanteur de variété mais aussi comédien, il crée tout le temps. «Je ne peux jamais me reposer», admet celui qui compte maintenant plus de 2 000 chansons. Cette forme d’addiction a commencé quand il avait 10 ans. Le terme juste est intérêt spécifique, qui désigne une préoccupation pour un centre d’intérêt anormale par son intensité.

La récente création de Tony, c’est son spectacle Enguerran, qu’il a interprété pour la première fois à La Comédie de Metz, les 14 et 15 mars. Il y raconte la vie d’un petit garçon autiste, qui sauve sa classe perdue dans la forêt grâce à son amour disproportionné pour les arbres. L’objectif de l’artiste est de parler de l’autisme aux plus jeunes, pour qu’ils soient plus compréhensifs.

Un diagnostic tardif

Mais être compris reste souvent un combat vain pour les neuroatypiques comme Tony Fomblard. «On ne pardonne pas les handicaps quand ils sont invisibles», a-t-il pu constater. On lui a souvent reproché son comportement jugé «bizarre» ainsi que ses excès. Comme s’il le faisait exprès. Mais lui-même a longtemps vécu dans l’incompréhension. Ce n’est qu’à l’âge de 27 ans, après un énième épisode de rupture amoureuse, qu’il découvre sa situation : «J’ai eu une crise et j’ai perdu ma partenaire. Puis j’ai mal réagi, donc tous mes amis m’ont tourné le dos.» Il décide de se rendre à l’hôpital Sainte-Blandine (qui n’existe plus aujourd’hui), où il est diagnostiqué au bout de cinq jours. Autiste et atteint du trouble de la personnalité borderline.

La tranquillité est impensable pour Tony Fomblard. Son trouble le pousse constamment à «être dans le trop». Alors, il alterne périodes de bonheur intense et temps de tristesse absolue. «Mais ça me fait du bien. J’ai horreur de la routine», assure le comédien. «Quand tout se passe bien dans ma vie, je fais en sorte de tout détruire», ajoute-t-il.

«Très peu de gens sont dans ma vie depuis longtemps»

Cette instabilité se reflète dans sa vie sociale. Grâce à son énergie débordante et sa capacité à faire rire, il parvient plutôt aisément à se faire des amis. Le plus difficile, c’est de les garder. «Très peu de gens sont dans ma vie depuis longtemps», confie l’artiste. Souvent, ses amis prennent leurs distances au bout de quelques mois, quand ils se rendent compte qu’il n’a pas une attitude «normale». Tony Fomblard s’est déjà lié d’amitié avec d’autres personnes neuroatypiques, dont il estime que «ce sont les plus gentilles. Elles sont peut-être bizarres, mais elles sont vraies.»

Depuis qu’il a rejoint La Comédie de Metz il y a deux ans et demi, Tony Fomblard adore faire des spectacles pour enfants. Cet auditoire est probablement celui qui lui correspond le mieux. «Les petits enfants n’ont pas de codes. Ils sont spontanés. Leurs réactions sont imprévisibles, donc il faut savoir rebondir vite», salue celui ne veut jamais faire deux fois le même spectacle.

Elliot Ten Eyck
(Le Républicain lorrain)

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