Le Portugal peut souffler. Et avec lui, l’Union européenne. Dimanche, le socialiste modéré Antonio José Seguro a donc largement remporté l’élection présidentielle, gardant à l’écart du pouvoir l’extrême droite emmenée par André Ventura.
À première vue, les près de 67 % décrochés par l’ancien chef de file du PS portugais constituent un résultat sans appel. Mais une lecture plus fine du scrutin impose de s’arrêter sur les 33 % et 1,7 million de voix recueillies par le leader de Chega.
Un score en nette progression par rapport aux 22,8 % et 1,4 million de suffrages engrangés lors des législatives anticipées de l’an dernier, qui avaient déjà fait de la formation d’André Ventura le principal parti de l’opposition, devançant de justesse les socialistes.
Même si la comparaison a ses limites, un constat s’impose : au-delà de 30 % lors d’un prochain scrutin national, l’extrême droite deviendrait quasiment incontournable pour gouverner.
Le Portugal possède déjà depuis près de deux ans un gouvernement minoritaire. Le Premier ministre conservateur Luis Montenegro doit s’appuyer à tour de rôle sur les socialistes et l’extrême droite pour obtenir des majorités au Parlement. Une constellation instable et politiquement risquée.
Dans ce contexte, le futur président a raison d’insister sur la nécessité de retrouver de la sérénité après une séquence électorale exceptionnellement dense : deux élections législatives (mars 2024 et mai 2025), des élections communales (octobre 2025) et cette présidentielle.
Une période de trois années sans scrutin doit désormais s’ouvrir. Cette parenthèse doit être mise à profit pour se concentrer pleinement sur le fond des défis auxquels font face les Portugais, en dépit d’une croissance économique solide, autour de 2 %.
Antonio José Seguro, qui entend être un «président exigeant», semble disposer des qualités nécessaires pour former un binôme bipartisan constructif avec le chef du gouvernement de droite.
L’exemple à suivre est celui de l’alliance nouée entre le président conservateur sortant Marcelo Rebelo de Sousa et l’ancien Premier ministre Antonio Costa.
Une coopération qui avait contribué à la stabilité politique du pays. Ce serait, dans l’intérêt du Portugal – et de l’Europe.