L’onde de choc dégagée par les 370 licenciements chez Amazon Luxembourg a déjà été importante. Une suppression d’emplois d’un tel ordre de grandeur est une rareté au Luxembourg. Dans le pire des scénarios, une catastrophe sociale bien plus grave pourrait toutefois s’abattre sur le pays. ArcelorMittal envisagerait à travers l’Europe des coupures massives dans les fonctions support (informatique, logistique, maintenance, etc.). La direction confirme étudier une restructuration. Or, il ne serait «absolument pas question que des milliers d’emplois soient transférés vers la Pologne et l’Inde». Un communiqué ajoute que dans de «nombreux cas, l’analyse montrera vraisemblablement qu’il n’y a pas de valeur à transférer certaines activités».
De quoi calmer les esprits? Pas vraiment. Selon l’OGBL, le périmètre de l’étude concerne 1 050 emplois basés au Grand-Duché. Cette annonce tombe dans un contexte particulier. Le nouveau siège mondial d’ArcelorMittal, qui doit accueillir 2 600 salariés, sort actuellement de terre au Kirchberg. Jeudi, le groupe a annoncé un bénéfice net de 3,15 milliards de dollars pour 2025, contre 1,34 milliard en 2024. Pendant ce temps, les tractations dans le cadre de la tripartite sidérurgie se poursuivent. Ce format, réunissant gouvernement, syndicats et direction, est, a priori, le meilleur garant pour pérenniser l’activité industrielle et administrative d’ArcelorMittal au Luxembourg.
Ce nouveau danger majeur qui pèse sur l’emploi au Luxembourg s’inscrit dans un contexte de chômage durablement élevé. Avec 6,2%, le taux stagne à un niveau préoccupant. En mai 2022, Georges Engel, alors ministre du Travail, estimait encore dans nos colonnes qu’«avec un taux de chômage de 4,7%, nous sommes très proches du plein-emploi, qui correspond à un taux de 4%». Près de quatre ans plus tard, la trajectoire s’est clairement inversée. Le chômage continue de progresser et concerne aujourd’hui plus de 21 000 personnes en quête d’un employeur. Alors que la création d’emplois peine à repartir, l’équilibre sur lequel repose le modèle économique et social du Luxembourg apparaît de plus en plus fragilisé. Dans ce contexte, le retour à un format tripartite constructif s’impose pour stopper l’hémorragie.