Oui, il s’agit d’un coup de tonnerre. Mais non, la condamnation de Marine Le Pen dans le procès sur le détournement de fonds européens n’est pas une décision digne d’un régime autoritaire. On ne peut pas soupçonner la France d’être une autocratie ou une dictature, dans laquelle les opposants politiques sont arbitrairement jetés en prison. Les juges ont conclu, en toute indépendance, qu’il existait assez d’éléments pour conclure à la culpabilité de Marine Le Pen, qui a eu droit à un procès équitable.
On pourrait maintenant estimer que les faits reprochés à la cheffe de fil du Rassemblement national ne méritent pas une condamnation à une inéligibilité immédiate pour cinq ans, la privant, en principe, d’une participation à l’élection présidentielle de 2027. Elle écope aussi d’une peine de quatre ans de prison. Le code pénal offre toutefois une marge de manœuvre à la justice pour aller aussi loin, à condition que les infractions soient jugées suffisamment graves.
En fustigeant une «décision politique», Marine Le Pen ne fait rien d’autre que de remettre en cause l’indépendance de la justice, un des piliers de l’État de droit. Celle qui siège toujours au Parlement européen applique à la lettre la stratégie de l’extrême droite et des courants autoritaires. Il suffit de regarder qui a défendu hier Marine Le Pen. Dans la liste, on retrouve Viktor Orbán, Matteo Salvini («une déclaration de guerre de Bruxelles»), Geert Wilders, Elon Musk («abus du système judiciaire»), mais aussi le Kremlin («violation des normes démocratiques») et l’administration Trump.
En prenant exemple sur le président américain, les attaques contre le système judiciaire se multiplient. Le jugement ne me plaît pas? Je discrédite la justice, ne respecte pas la sentence ou, pire encore, j’écarte des juges qui dérangent. Au moins, Marine Le Pen compte saisir la cour d’appel pour obtenir un jugement plus clément, comme le prévoit l’État de droit. Un État de droit qui est de plus en plus fragilisé. En témoignent les menaces et attaques personnelles à l’encontre des trois magistrats qui ont rendu le jugement. Voilà une vraie menace pour la démocratie, au contraire d’un procès qui s’est tenu en bonne et due forme.