La mise en garde de Christian Hahn, le président de la Chambre d’agriculture, est sans équivoque. Avec l’envolée des prix du pétrole, désormais couplée à une forte hausse du coût des engrais, certains agriculteurs risquent «de tout arrêter». Dans les faits, le secteur agricole figure parmi les grands oubliés de la crise économique et énergétique provoquée par le double blocage du détroit d’Ormuz. Tous les regards ou presque sont tournés vers les centaines de pétroliers immobilisés dans ce corridor maritime stratégique. Près de 20 % de la consommation mondiale d’or noir y transite. Mais les dizaines de navires chargés d’engrais, eux aussi bloqués dans le Golfe, sont largement passés sous silence. Or environ un tiers du commerce mondial de ces produits fertilisants dépend du détroit d’Ormuz.
Pour les agriculteurs, le manque d’approvisionnement en engrais tombe au mauvais moment. «Le printemps, c’est le moment où l’on utilise le plus d’engrais. Je n’ai pas le choix donc, je vais devoir en racheter avec ces prix», affirme Christian Hahn. Son fournisseur lui annonçait la semaine dernière une hausse des tarifs de l’ordre de 40 % par rapport à l’automne dernier. «C’est sûrement pire aujourd’hui», soupire l’agriculteur. S’y ajoute donc la hausse des prix du pétrole. La légère baisse de ces derniers jours ne permet pas vraiment de limiter la casse. Car il existe un troisième facteur qui pèse lourdement sur le secteur agricole. Les prix de vente de leurs produits ne sont pas stables. Ils ont même tendance à chuter fortement, comme c’est le cas pour le lait. «Tout ceci fait qu’il n’est malheureusement pas intéressant de produire. Les coûts ne font que monter tandis que les prix descendent ou restent bas», déplore Christian Hahn.
Après les syndicats du secteur privé, la Chambre d’agriculture appelle le gouvernement à agir. Les exploitants agricoles se disent abandonnés à leur sort face à une situation critique qui s’aggravera, selon eux, avec le versement de la prochaine tranche indiciaire et la hausse du salaire minimum de 3,8 %.Un appel à l’aide de plus adressé aux responsables politiques, qui continuent de temporiser. À tort ou à raison? Dans l’attente d’une accalmie – ou d’une nouvelle escalade – du conflit au Moyen-Orient.