Bon nombre d’observateurs l’avaient souligné au moment où le CSV et le DP avaient scellé leur alliance pour la législature 2023-2028. À l’issue de la précédente coalition entre chrétiens-sociaux et libéraux (1999-2004), c’étaient les Bleus de Lydie Polfer qui avaient payé l’addition dans les urnes. Par le passé, les socialistes ont, eux aussi, connu des déconvenues après avoir gouverné aux côtés du CSV. Le Parti chrétien-social lui-même a été sanctionné en 2013, à la suite de plusieurs affaires qui avaient provoqué la chute de Jean-Claude Juncker. Entre 2013 et 2023, en revanche, les gains et les pertes du DP, du LSAP et de déi gréng se sont globalement compensés, leur permettant de former pendant une décennie un gouvernement tricolore inédit. N’oublions cependant pas la débâcle des verts aux dernières législatives.
Selon les sondages, le CSV est nettement moins populaire que le DP, emmené par Xavier Bettel – encore et toujours le responsable politique le plus populaire du pays. Le Premier ministre, Luc Frieden, ne figure même pas dans le top 10 du Politmonitor réalisé par RTL et le Wort. Pourtant, le camp libéral semble rester sur ses gardes. Après une tournée de ses ténors à travers le pays, le DP poursuit son offensive. Ces derniers jours, un prospectus a atterri dans les boîtes aux lettres des ménages du Sud. La promesse : «Nous investissons dans l’avenir des gens». S’ensuit une énumération des mesures prises en faveur des familles et des enfants. Le «nous» renvoie clairement aux ministres libéraux, et non à l’équipe gouvernementale dans son ensemble. L’importante réforme fiscale portée pourtant par le ministre chrétien-social des Finances est ainsi présentée comme un acquis majeur du DP.
La campagne électorale a-t-elle déjà commencé, deux ans et demi avant les législatives d’octobre 2028? On pourrait le croire. Le CSV de Luc Frieden entend, lui aussi, renforcer sa présence sur le terrain dans les mois à venir. Au vu des défis qui attendent le pays à l’échelle tant nationale (logement, pauvreté, emploi, social) qu’internationale (défense, Ukraine, Trump, etc.), il serait toutefois fatal d’orienter dès à présent son action dans la seule perspective de sortir renforcé du prochain scrutin.