Plan de protection européen, valorisation au plus haut depuis quinze ans avant la publication des résultats annuels jeudi : le contexte semble favorable au géant de l’acier ArcelorMittal, qui n’entend pourtant pas réduire ses délocalisations vers l’Inde, au détriment de l’Europe.
Du jamais vu depuis quinze ans : l’action du sidérurgiste a atteint un plus haut depuis 2011, au-dessus des 48 euros mercredi.
Plusieurs bonnes nouvelles ont porté l’action : un troisième trimestre très solide, la sécurisation en France du prix payé à EDF pour s’approvisionner en électricité les 18 prochaines années et un plan acier concocté par l’Union européenne pour protéger ce qu’il reste de la production continentale d’acier de la concurrence chinoise.
Et malgré tout cela, relève Jean-Marc Vecrin, coordinateur CFDT au sein du géant basé au Luxembourg, «on vous annonce, sans aucun remords, qu’on continue le plan de délocalisation des fonctions support en Inde».
«Aligner les performances»
La semaine précédant la publication des résultats du groupe pour l’année 2025, la direction Europe a en effet annoncé envisager une nouvelle phase de délocalisation vers l’Inde de ses fonctions support, informatiques, logistiques et de maintenance.
Ce sont potentiellement 20 pays européens «et plus de 5 600 salariés, dont 1 650 pour la France» qui vont être concernés, selon Jean-Luc Ruffin, secrétaire du comité d’entreprise européen du groupe et représentant CGT.
Cela ne signifie pas que l’ensemble de ces postes seront supprimés, a précisé le syndicaliste : sur une première vague de délocalisations, toujours en cours, 4 000 emplois étaient menacés pour 1 400 suppressions d’emplois au final.
En France, le groupe a supprimé dans le nord du pays 608 postes l’an passé, donnant lieu à 260 suppressions d’emplois du fait de postes déjà vacants et en raison de réorganisations et reclassements anticipés dans les fonctions support comme dans la production.
«On lui donne plein de choses, mais Mittal ne s’engage à rien,» déplore David Blaise, délégué syndical central CGT pour le groupe. Il craint qu’après les fonctions support, ce soit au tour de la production d’être délocalisée.
L’entreprise, elle, répond vouloir «aligner les performances de l’entreprise sur celles des autres grands groupes» et estime que cela concourt à «l’élaboration d’un modèle économique durable pour ArcelorMittal Europe».
Quid de la décarbonation ?
Entreprise parmi les plus émettrices de CO₂ en Europe, la fabrication d’acier nécessitant de brûler beaucoup de charbon, ArcelorMittal a suspendu depuis fin 2024 ses plans d’investissement en Europe en matière de décarbonation. Cela concernait entre autres le site de Dunkerque, en France.
Cet attentisme et le vieillissement de certaines de ses installations font craindre à certains, comme David Blaise, un désengagement progressif d’Europe. D’autant que la demande d’acier, historiquement portée par l’automobile et le bâtiment, s’émousse sur le Vieux Continent.
«En 2026, nous sommes attendus sur nos premiers projets de décarbonation», a déclaré sur sa page LinkedIn le président France, Alain Le Grix de la Salle, assurant que «le chemin s’éclaire», avec pour objectif de «soutenir notre industrie afin de réaliser sa transformation».
En France, l’entreprise a investi 500 millions d’euros pour lancer début décembre trois lignes de production d’aciers électriques, fortement magnétiques et destinés à la production de moteurs pour voitures électriques, à Mardyck, près de Dunkerque. Une preuve, selon elle, qu’elle ne «se désengage pas de la France».
Cela n’a pas convaincu les représentants du personnel et les élus politiques de gauche, qui ont fait adopter à l’Assemblée nationale fin novembre une proposition de loi visant à nationaliser ArcelorMittal France. Une nationalisation à plusieurs milliards d’euros, à laquelle le gouvernement et l’entreprise sont opposés et dont le sort législatif demeure incertain.