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Un Geppetto des jouets cassés, bienfaiteur des gamins pauvres de Rome


Avec son bleu de travail et ses lunettes qui le font ressembler au menuisier Geppetto, le retraité est devenu un rouage essentiel de l'ONG. (photo AFP)

Peluches effilochées qui retrouvent leur lustre, minirobots qui reprennent vie. Des centaines de jouets cassés passent entre les mains habiles de Guido Pacelli, un Geppetto des temps modernes, qui devient à chaque Noël le bienfaiteur des gamins pauvres de Rome.

Dans son petit atelier au fond des locaux d’une association d’aide aux femmes, ce retraité de la compagnie aérienne Alitalia travaille d’arrache-pied y compris le week-end en cette période des fêtes, alors que s’accumulent devant lui voitures téléguidées désorientées, poupées muettes et des tas d’autres jouets inutilisables. « Le plus beau cadeau pour moi c’est quand ces enfants qui ont traversé tant de difficultés me sourient », explique Guido Pacelli, 68 ans, devant un panneau frappé de son surnom « Guido Aggiustagiocattoli » (« Guido le réparateur de jouets »).

Depuis deux mois, l’ancien technicien aéronautique aux cheveux à peine grisonnants et à l’air juvénile, fait des journées de 8 heures et répare 50 à 70 jouets par jour. Ensuite, l’association Salvamamme qui l’héberge dans des locaux prêtés par la Croix-Rouge italienne dans le quartier de Monteverde à Rome, les distribue aux familles pauvres, souvent des enfants de chômeurs, de migrants et aux enfants malades. Armé d’un tournevis, d’un microscope et d’une petite soudeuse, Guido fait renaître la plupart des jouets apportés par dizaines de milliers tous les ans à l’association. « Les gens laissent les piles dedans et elles s’oxydent », explique Guido en changeant celles d’une guitare électrique qu’il vient d’extraire d’un énorme tas de poupées, mini-ordinateurs et carillons pour bébés. L’un de ses meilleurs souvenirs est ce tracteur Caterpillar qu’un petit garçon avait vu chez Salvamamme. « Il m’a appelé tous les jours jusqu’à ce que j’arrive à le réparer », explique Guido, bénévole de l’association depuis 2011 quand il est parti en préretraite à seulement 54 ans.

Plus de 20 000 jouets distribués par an

Reconnaissable à son bleu de travail et ses lunettes qui le font ressembler au menuisier Geppetto (le papa-créateur de Pinocchio dans le conte de Carlo Collodi), Guido est devenu un rouage essentiel de l’ONG. « Ce jouet-là, c’est carrément le fabricant qui nous l’a envoyé car il avait un défaut. Je l’ai réparé et maintenant il ira à un gamin dans un hôpital », souligne Guido « Geppetto ». Avant d’être remis aux familles et enfants dont beaucoup dans les hôpitaux publics, tous les jouets sont désinfectés, empaquetés et répertoriés soigneusement avec les noms des familles.

« Nous distribuons plus de 20 000 jouets par an », explique Maria Grazia Passeri, la présidente de Salvamamme qui remet également des produits alimentaires, des couches et vêtements aux familles en grande difficulté, envoyées à l’association par des organismes officiels, des hôpitaux ou paroisses locales. En observant les paquets cadeaux, elle souligne que les ouvrir « doit être une belle expérience, un super souvenir ». Cela fait 20 ans que Maria Grazia Passeri a fondé cette association d’aide « pour toutes ces femmes qui accouchent en secret ou vivent d’horribles expériences ». C’est jour de distribution chez Salvamamme : pendant que les mamans remplissent des formulaires avec l’aide de bénévoles (« ce qui permet aussi de suivre chaque cas attentivement », selon Maria Grazia), les enfants s’égaient entre les piles de colis prêts au départ ou tripotent les jouets en attente de l’intervention salvatrice de Guido.

Beaucoup d’anciens bénéficiaires sont devenus des bénévoles de Salvamamme. Comme Jonathan, un Argentin de 29 ans, arrivé il y a 12 ans en Italie, sans travail ni famille pour commencer une nouvelle vie. « Je suis très reconnaissant, je n’oublierai jamais l’aide que j’ai reçue. Tout mon temps libre je le consacre à l’association », souligne-t-il. Anna Moticala, originaire de Moldavie et arrivée il y a 8 ans à Rome, doit nourrir une famille de cinq personnes dont trois enfants. Sans travail fixe, elle est également pleine de gratitude. « J’avais demandé une petite aide et ils m’ont apporté une aide énorme », raconte-t-elle au milieu du chahut joyeux des enfants occupés à jouer ou dessiner, en avalant un morceau de Pandoro, la brioche de Noël.

LQ/AFP

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