Voix grave à la Bashung, cheveux indisciplinés et costard-cravate : le son pop-rock à la française a un nouveau visage avec Sam Sauvage.
«La nouvelle scène française est porteuse d’espoir», s’enthousiasme Sam Sauvage. Et il est bien placé pour le dire : en février, l’artiste de 25 ans a été sacré révélation masculine de l’année aux Victoires de la musique. «On parle de fadeur, de moins d’engagement… Je pense que les gens qui disent ça ne savent pas où écouter la musique», embraye le garçon originaire du Nord-Pas-de-Calais.
Après avoir écumé les petites scènes pendant plusieurs années, sa carrière a décollé. Son premier opus, Mesdames, Messieurs!, paraît sur le label Cinq7 – celui de Philippe Katerine ou Solann – et se décline en 13 titres qui croquent les rapports humains. Je ne t’aime plus, Les gens qui dansent (j’adore) ou La Fin du monde faisaient office de singles.
Idem pour Un cri dans le métro, tiré d’une situation réelle où un homme sans domicile fixe a «pété un câble» dans une rame. «On m’a demandé si c’était une chanson engagée. Pas du tout, c’est plus une chanson concernée. C’est un constat. Je n’ai pas de solution», balaie le chanteur, qui trouve son époque «un petit peu extrême, sur tous les sujets». Dans un «monde idéal», il aimerait «réconcilier» les générations et pour cela, «la musique peut aider, bien sûr».
Je suis à fond dans ma jeunesse!
Sourire franc et tignasse brune, le natif de Boulogne-sur-Mer détonne dans son costume, qu’il revêt aussi sur scène. «Même si j’ai l’air d’un jeune vieux – tout le monde me dit ça! –, moi, je suis à fond dans ma jeunesse. Je ne me sens absolument pas en décalage avec mon époque», confie-t-il. Son univers fait écho à d’autres noms : un côté Taxi Girl aux yeux des fans de ce groupe de rock français des années 1980, une dégaine à la BB Brunes pour les nostalgiques des années 2000, l’hommage à Dutronc sur la pochette du disque. La voix grave, parfois nonchalante, évoque Alain Bashung ou Bertrand Belin.
«Raison de vivre»
C’est pourtant grâce à une autre référence de la chanson que Hugo Brebion – son vrai nom – s’est mué peu à peu en Sam Sauvage, surnom donné par des camarades de soirée en référence à une célèbre campagne de prévention routière. Et Sauvage, parce qu’«il fallait quand même un truc qui claque un peu», glisse ce partisan de l’autodérision. Alors collégien introverti et complexé, il tombe sur une vidéo d’un live de Bob Dylan au Newport Folk Festival, concert mythique où la légende américaine du folk a provoqué un tollé en jouant avec… une guitare électrique. «Quand j’ai vu le mec arriver avec la guitare, l’harmonica… il ne payait pas de mine! Après je me suis pris une bonne claque», s’amuse Sam Sauvage, qui décide d’apprendre la gratte, en autodidacte.
Appréciant manier les mots, il donne vie à ses premières chansons. «Je me suis trouvé une raison de vivre, de parler aux gens, d’exister. Quelque chose qui me rendait intéressant. Donc, j’ai commencé la musique pour les mauvaises raisons!», lance l’artiste.
Quelques minutes avant de recevoir le prix de la meilleure révélation masculine, sur la scène des Victoires de la musique, il a interprété Les gens qui dansent (j’adore). C’est «un live qu’on a déjà fait mille fois, qu’on connaît. Je n’ai pas envie de faire des artifices non plus. Si je commence à calculer les choses, je vais tomber sur scène», sourit-il. Actuellement en tournée en France, il viendra électriser le parc Gaalgebierg le 12 juin, lors de son passage aux Francofolies d’Esch-sur-Alzette.