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[Musique] Les albums de la semaine : Prince, Sault, Dry Cleaning, «Wizzz!»


Des premiers pas de Prince à l’élégance intacte de Sault entre autres pépites : découvrez nos coups de cœur musicaux de la semaine.

Dance to the Music of the World
94 East (feat. Prince)
funk

Il fut un temps où le «kid de Minneapolis» n’était réellement qu’un gamin – certes déjà surdoué et influent, comme en témoignent ces enregistrements sur lesquels Prince, encore au lycée à l’époque, imprime la patte funky qui fera sa notoriété. On est en 1975 et le multi-instrumentiste Pepé Willie propose au cousin de son épouse, chez qui il a vu le don pour la musique, de rejoindre son groupe, 94 East, nommé d’après l’autoroute qui traverse Minneapolis. Ils ont beau être près d’une dizaine de musiciens chevronnés en studio, c’est le plus jeune qui touche à tout (sauf au micro) : guitare, synthétiseurs, batterie…

Véritable mentor de Prince, Willie lui proposera d’écrire son premier morceau, Just Another Sucker, qui ouvre naturellement cette compilation – et qui sera le seul titre de 94 East écrit par Prince. Mais l’omniprésence du futur «Purple One», qui introduit notamment son jeu de guitare signature, glam, libre comme le vent et maîtrisé à la perfection, est primordiale dans l’architecture sonore du groupe. On vogue ainsi en terrain connu, entre chansons et instrumentaux, entre fanfares funk frénétiques (One Man Jam, If You Feel Like Dancing…) et soul sensuelle (Lovin’ Cup, Better Than You Think…). Pour ses débuts en solo, Prince sera d’ailleurs rejoint par plusieurs membres de 94 East, signant l’arrêt du groupe en 1979. Publiée à l’origine en catimini en 2016, le label londonien Charly Records remasterise cette compilation incontournable, qui met au défi quiconque de ne pas se trémousser.

V. M.

Wizzz! (vol. 5)
Compilation
pop

Cette année, le label parisien Born Bad Records, fondé par Jean-Baptiste Guillot, fête ses vingt ans, toujours prompt à sortir de son chapeau d’étonnants artistes «made in France», parfois énervés (Frustration), toujours inspirés (à preuve le dernier album, sorti fin novembre, de Forever Pavot, l’un de ses éminents représentants). Parfois, il prend même les airs d’historien pop, sortant des archives poussiéreuses les œuvres d’artistes français passés inaperçus en leur temps. Il en résulte des compilations aux pochette clinquantes et aux noms méconnus, oscillant entre la réappropriation culturelle et un avant-gardisme certain. Dans le lot, des délires musicaux qui fleurent bon le Brésil (Tchic Tchic) ou les saveurs orientales (Cha-Cha au Harem), comme de folles trouvailles «bleu-blanc-rouge» qui cherchent à prouver que la période des yéyés ne se résume pas aux couettes de Sheila et à la belle gueule de Jacques Dutronc.

C’est toute l’intention de Wizzz!, dont la cinquième mouture vient de sortir, s’étalant entre les années 1967 et 1979 et s’imposant, comme ses consœurs, comme la face B, obscure, de Salut les copains. Ainsi, au cœur de ce «French Psychorama», des jerks endiablés, des envolées psychédéliques et des slows déglingués, portés par des sonorités acidulées et une grosse dose de dérision. Petite précision, tout de même, à l’intention des wokistes et ceux qui aimeraient corriger l’Histoire : les paroles sont aussi d’époque.

G. C.

Chapter 1
Sault
soul / R&B / funk

Depuis 2019, avec Sault, c’est toujours la même histoire : bien que l’on connaisse désormais ses deux moteurs – le producteur Info et la chanteuse Cleo Sol –, ce collectif anglais n’aime ni se montrer, ni les longs discours, pourtant de coutume dans une industrie qui aime parader. Oui, son groove avance masqué, et c’est lui seul qui assure la promotion (et l’opération séduction). Pas moins de treize albums aux pochettes d’un noir d’encre, numérotés à l’arrache et à la chronologie incertaine témoignent de cette propension à ne rien faire comme tout le monde, comme ce jour du 1er novembre 2022 où il sortit… cinq disques d’un coup. D’autres se présentent aussi sous la forme d’un simple lien de téléchargement qui disparaît au bout de quelques jours.

Le petit dernier, Chapter 1, arrive comme les précédents, sans sans crier gare, et musicalement, suit de près ses aînés. Dans une (rare) déclaration l’accompagnant, le groupe précise que celui-ci «évolue avec patience et conviction», ce qui se remarque aisément à travers ce talent de marier soul, R&B, funk et harmonies vocales dans une élégance intacte. Dix morceaux qui privilégient les instruments, avec au centre, cette basse chaude qui glisse sans la moindre fausse note, soutenant, ô surprise, un beau trio d’invités (Jack Peñate, Jimmy Jam & Terry Lewis). Au bout, une nouvelle démonstration qui prouve que l’on peut être à la fois sobre et efficace. Et rien ne dit que ce sera la dernière de l’année.

G. C.

Secret Love
Dry Cleaning
post-punk

C’est une ritournelle : chaque année a droit à son lot de nouveautés estampillées «post-punk» avec dedans, du bon comme du mauvais. Au cœur de la mêlée, Dry Cleaning, d’apparence, ne dénote pas de ses contemporains : c’est un quatuor qui vient d’Angleterre qui, lui également, apprécie les guitares incisives et le minimalisme façon binaire. Mais quand on tend l’oreille, on remarque vite chez lui que la colère tranchante, commune au milieu, fait place à une révolte engourdie caractérisée par la voix monotone (et monocorde) de sa chanteuse Florence Shaw. À la colère hurlée dan un micro, celle-ci préfère en effet la beauté de la diction molle. Deux disques – New Long Leg (2021) et Stumpwork (2023) – en sont le témoin, que certains voient comme un punk quasi méditatif, et que d’autres, au bord de l’assoupissement, fuient.

Secret Love, sa troisième production, espère agir comme un électrochoc. Sa méthode? Changer de producteur (jusque-là John Parish, collaborateur de PJ Harvey) et privilégier le vagabondage musical, ce qui va l’amener à Chicago (auprès de Wilco), à Dublin (en compagnie de Gilla Band) et dans la vallée de la Loire, sous la supervision de Cate Le Bon. Un triple appui tout en contraste qui va apporter de la lumière à ses compositions, plus pop que jamais, mais sans être évidentes. Un art-rock, à la fois souple et anguleux, qui rappelle une évidence : Dry Cleaning ne peut pas plaire à tout le monde, et c’est en ça qu’il est incontournable.

G. C.

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