Nommé aux Victoires de la musique, le groupe de rap L2B enchaîne les collaborations à succès, avec Naza, Niska ou Gims, et veut voir grand, quatre mois après le fiasco d’un concert gratuit à Paris.
Le trio de rappeurs franciliens, originaire de Champigny-sur-Marne, montera sur la scène des Victoires de musique le 13 février pour interpréter un titre et être, peut-être, sacré révélation masculine de l’année. Âgés d’une vingtaine d’années, KLN (Kilian), IDS (Idrys) et D2 (Dave) entendent représenter le 94 (Val-de-Marne), en particulier le Bois-l’Abbé. Surnommé «BLB», ce quartier populaire a inspiré le nom du groupe.
«Ça reste surprenant d’être nommé dans ce genre de grands évènements», même si c’est «logique quand tu travailles», confie KLN, voyant le signe que «le rap est beaucoup plus respecté qu’avant». Cette nomination reflète aussi l’ascension de trois amis d’enfance, aux racines congolaises ou ivoiriennes, qui ne se sont jamais quittés. «On a fait la primaire, le collège, le lycée. On a grandi ensemble», rembobine IDS.
À 13 ans, ils percent avec Guette le flow. Huit ans plus tard, ils explosent avec Nés pour briller (2025), un album en trois «books» (volets) qui brasse différentes facettes du rap et de l’afropop. Tout pour l’équipe, Pélican, Billionaire : sur des rythmes accrocheurs, leur musique dépeint un environnement violent, imprégné par le trafic de stupéfiants, mais aussi une furieuse envie de réussite sociale.
«Bosseurs» et «humbles»
Pour graver son nom dans la roche, L2B ne s’interdit rien : ni les incartades en solo – une stratégie qui rejaillit sur le collectif selon ses membres – ni les duos avec les stars françaises du genre, Gims, Niska, La Fouine ou encore Naza sur un titre festif (Dosé) qui vient de paraître. «Tu écoutes ton projet, tu vois ce qu’il te manque : là, j’ai besoin d’un son un peu plus afro, hop, j’appelle Naza», illustre KLN, mentionnant aussi le plaisir de poser avec des artistes «qu’on écoutait beaucoup quand on était petits». Quand le trio ne s’entend pas sur une direction à prendre, la majorité prime. «C’est comme quand t’as une copine, il faut s’adapter, quand t’as des amis il faut s’adapter», poursuit le plus volubile du groupe.
Ils sont dans l’objectif de construire une carrière et ne se reposent pas sur leurs lauriers
En plus de se connaître par cœur, ces trois-là sont réputés pour être «bosseurs», selon Dany Synthé, compositeur derrière plusieurs titres du groupe, mais aussi ceux d’autres artistes comme Orelsan, Booba et Louane. «Ils font partie des plus humbles avec qui j’ai travaillé, parce qu’ils ne se reposent pas sur leurs lauriers.» IDS est «plus rap dur, trap», KLN est «plus mélodie, R’n’B» et D2 «un peu plus festif», donc «ça crée un cocktail détonnant», complète-t-il.
Le groupe bénéficie d’un entourage familial solide. Le management est assuré par un frère d’IDS, la production est réalisée par 172 Records, label piloté par des oncles de KLN, rejoint depuis 2020 par O-vnee Music, la structure de Dany Synthé… lui-même cousin éloigné de KLN.
Nouvelle dimension
Le succès a parfois dépassé le groupe. En octobre, en plein préparatifs de sa tournée, il est programmé aux Halles, à Paris. Mais le concert, gratuit, est annulé par la préfecture de police face à une affluence démesurée. La frustration du public dégénère en débordements et affrontements avec les forces de l’ordre. «Ce n’était pas vraiment volontaire que ça parte en live comme ça, on ne s’y attendait pas», glisse D2, «choqué» de la tournure qu’ont pris les évènements.
L2B vise une autre dimension. L’année 2026 a commencé pour eux au Luxembourg, sur la scène de l’Atelier, pour un concert complet, et ils sont attendus comme l’un des temps forts des Francofolies d’Esch-sur-Alzette au mois de juin. Surtout, en mars, le trio jouera deux soirs à l’Accor Arena à Paris, soit leurs plus gros concerts jusqu’alors, une étape clé qu’ils veulent peaufiner. «Ils sont dans un objectif de construire une carrière : ils sont conscients et reconnaissants de ce qui se passe autour d’eux, donc ils ne veulent pas gâcher leur chance», souligne Dany Synthé. D2 acquiesce : «Il y a encore du charbon, il y a encore de la route. On ne sait pas de quoi est fait demain, donc on garde toujours les pieds sur terre.»