Il est l’une des incarnations pop les plus sensibles et authentiques du Luxembourg : Josh Island arrive avec un second album et des rêves plein la tête. Confidences avant un concert à la Rockhal samedi.
Il a seulement 28 ans, mais le public du Luxembourg le connaît bien. Et pour cause : Josh Island a déjà dix années de pratique musicale derrière lui, qui l’ont vu jouer plusieurs fois à la Rockhal (dont en première partie de Katie Melua) et enrichir sa discographie, notamment avec un premier album, In My Head (2023), écouté plus d'un demi-million de fois en streaming.
Oui, depuis sa première apparition en 2015 au Screaming Fields, le garçon, anglais de naissance et luxembourgeois d’adoption, en a fait du chemin, bourlinguant dans toute l’Europe et traînant ses airs pop sur de nombreuses scènes. Ce week-end, il retrouve la salle de Belval et son public avec un second disque, Imaginary Borders, prémices d’une longue tournée et, qui sait, d’un succès à venir. Lui ne souhaite que ça. Entretien.
Cela fait plus de dix ans que vous êtes apparu sur la scène luxembourgeoise. Qu’est-ce que ça vous fait?
Josh Island : D’être vieux! Plus sérieusement, je n’ai pas l’impression que ça fait une décennie. Surtout que je fais ça de façon plus professionnelle depuis cinq ans. Avant cela, j’étais à l’université, j’étudiais les sciences politiques… La musique n’était pas une activité à plein temps. J’expérimentais, je me cherchais aussi. Mais je suis heureux de cette longévité, surtout que j’ai fait des progrès depuis mes débuts!
Êtes-vous là où vous voudriez être?
On rêve toujours plus loin. Quand j’avais 17 ans, j’imaginais signer mon premier contrat d’enregistrement, faire ma première grande tournée européenne à 23 ans et aller aux États-Unis à 28 ans… C’était naïf . Mais plus on fait de la musique, plus on se rend compte que ça demande du travail, de la persévérance et de la régularité. Les choses avancent, oui, mais plus lentement qu’on ne l’imagine. L’important, ça reste alors de faire un pas après l’autre, et de progresser.
Je pense que le succès est imminent, en toute humilité…
Où en êtes-vous, alors?
J'ai l'impression d'être à un tournant : il suffirait d'une seule chanson, d'un seul concert ou même d'une seule personne pour que je sois reconnu. J'ai atteint un niveau élevé, les chansons sont bonnes, le groupe aussi, et ma présence sur les plateformes numériques est cohérente. Je pense donc que le succès est imminent, en toute humilité (il rit).
Vous êtes né en Angleterre, vous avez vécu en Allemagne, puis aux Pays-Bas. Le Luxembourg est-il un endroit idéal pour un Européen comme vous?
Je m'y sens chez moi. Je dirais même que je m’y sens plus à l’aise qu'aux Pays-Bas, où sont mes racines. Je pense que ce pays, par son éclectisme, son ouverture, est un endroit idéal pour quelqu'un qui partage comme moi cette envie de voyager et de collaborer avec des personnes de différentes origines. Bien sûr, il a ses petits villages, ses traditions, ses côtés claniques… Mais généralement, il y fait bon vivre.
En 2023, vous avez eu le Global Project Grant, et cette année, vous avez représenté le Luxembourg au festival Eurosonic. En quoi ce pays vous a-t-il permis de grandir plus vite?
Il existe au Luxembourg des institutions et dispositifs de soutien très solides pour les musiciens : l’intermittence, par exemple, ou Kultur | lx. Bien sûr, il y a des critères de sélection, et il faut jouer le jeu. Mais cet appui, il faut le souligner, particulièrement à une époque où d’autres pays réduisent leurs budgets consacrés à la culture. Résultat : les artistes d’ici se professionnalisent et s’internationalisent. C'est formidable d'en être témoin.
Vous êtes l’un des rares artistes au Luxembourg à assumer un côté pop. Comment expliquez-vous cela?
C’est vrai, avec CHAiLD (Adriano Selva), on n’est pas beaucoup à utiliser ce cadre pop. Mais c’est aussi pour mieux s’en affranchir! Prenez ma chanson Courage : elle sonne plus "indie", plus brute, et c’est quelque chose que j’aimerais développer. J’aime écouter Jason Mraz, John Mayer, Ben Howard, Sting… On dit d’eux qu’ils font de la pop sophistiquée. Ça s’entend même si je n’apprécie pas le terme, trop arrogant. Je préfère parler de profondeur, de nuances. C’est avec ça qu’il faut jouer.
Est-ce cette approche, moins "mainstream", qui vous a permis d’être sur la scène de l’Eurosonic?
Je pensais que ma musique était trop pop pour y jouer, mais je me suis trompé. Et c’était génial! Mais ça soulève un problème que je rencontre souvent : le décalage entre ce que le public apprécie et ce que les maisons de disques recherchent. D’un côté, j’ai des fans, dont le nombre grandit, avec lesquels je suis connecté. Et de l’autre, il y a une industrie qui trouve mon style conventionnel, trop accessible. Certaines portes ne s’ouvrent alors jamais, et il faut se trouver une place dans ce déséquilibre. Je me rassure en me disant que si je fais de la musique, c’est avant tout pour moi-même, parce que j'ai besoin de me libérer d'un poids. Et je suis ravi de le partager avec les gens et heureux qu'ils soient réceptifs.
Il va falloir que je sois plus efficace sur TikTok!
Quel est d’ailleurs votre public? Les expatriés anglais ou quelque chose de plus large?
On y trouve un peu toutes les langues et tous les horizons, un peu à l’image du Luxembourg. Mais j’ai découvert qu’il était plus jeune que je ne le pensais. J’ai fait la première partie d’Alec Benjamin il y a un an à la Rockhal, et je me suis retrouvé devant des jeunes de 18, 19, 20 ans, et non des adultes de 30-40 ans comme je l’imaginais! Ça a bien fonctionné mais ça a été un choc. Je me suis dit qu’il allait falloir être plus efficace sur TikTok! (il rit).
Votre second album, Imaginary Borders, a comme vocation, dites vous, de "nous rassembler". Qu’entendez-vous par là?
On vit dans une société très divisée, où il y a beaucoup de "nous" contre "eux". Je ne suis pas le seul à penser qu’à ces divisions, il faut préférer l’union. Et je crois que la musique le permet, et offre aux gens, le temps d’un concert, la possibilité de s’évader, de vivre un moment collectif. Rassembler grâce à une chanson, c’est quelque chose de magique!
Ce disque de treize chansons, vous l’avez écrit entre le Luxembourg et Athènes, et enregistré à Lisbonne et à Amsterdam. Les voyages et les rencontres sont-ils votre moteur artistique?
Je peux vite m'ennuyer si je reste au même endroit. Et les voyages m'inspirent énormément. Par exemple, à Athènes, où vit ma compagne, j'ai commencé à en apprendre davantage sur la Grèce et sa mythologie. Je montais sur la colline de Filopappou, située à côté de l’Acropole, d’où l’on peut voir la ville, la mer… Ce genre d’expériences, c’est un bol d’air frais. Ça aère la tête et amène de nouvelles idées. Beaucoup de chansons, qui parlent de moi, d’amour, sont nées là-bas.
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