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[Musique] Edsun à la croisée des mondes


L'EP «Moth» et ses sept chansons tirées de la pièce est prévu pour le mois de mai. (Photo : nestor benedini)

MUSIQUE Artiste total et hors cadre, à l’aise dans les formats hybrides, Edsun revient sur scène ce week-end avec un nouveau show intimiste, déclinaison de son futur EP, Moth.

Dans la vidéo de Late Night Smokin’, son nouveau single, on le retrouve seul dans l’intimité d’une chambre à coucher : il roule sous les draps, se penche à la fenêtre, esquisse des mouvements de danse quasi désarticulés… Le groove tranquille de la chanson pose le ton : centré sur l’émotion, tout en imposant un recul nécessaire. «J’avais envie d’expérimenter en essayant de toucher un sentiment qui, peut-être, se rapproche de la solitude», raconte Edsun de ce nouveau titre, qui dévoile déjà la saveur de Moth, son nouveau projet transdisciplinaire, qu’il présentera ces vendredi et samedi au Mierscher Theater sous la forme d’un spectacle mélangeant musique, danse, théâtre et «storytelling», avant la sortie d’un EP éponyme en mai.

Moth a occupé la majeure partie des derniers dix-huit mois d’Edsun. Né de «la nécessité de faire quelque chose de nouveau» après sa participation au Luxembourg Song Contest en 2024, le projet traduit l’envie de l’artiste de s’éloigner de la décharge d’énergie millimétrée et destinée à en mettre plein la vue. Celui qui avait orchestré l’«Edsun Show» en 2022, un spectacle taille XXL pour marquer la fin d’une résidence d’un an au Rocklab, en prend aujourd’hui le concept à contrepied, tout en gardant les mêmes ingrédients : la scène comme lieu de rencontre entre les disciplines artistiques est sa marque de fabrique, son vécu et ses sentiments sont la matière qu’il travaille.

«J’ai entrepris des recherches très sérieuses sur les choses qui m’inspirent, sur ce dont j’avais envie de parler», explique Edsun. Chemin faisant, un thème en particulier sort du lot : la communication entre les êtres – ou plutôt leur difficulté à communiquer. «Communiquer n’est pas tellement mon point fort», avoue-t-il, pensant à cette même période où, parallèlement à son travail de recherche, il enregistrait «des chansons avec un thème similaire, des récits d’amour à sens unique». Après tout, «même s’il y a de la danse et du théâtre, le cœur battant de Moth reste la musique» : «L’essence de cette pièce, c’est le déni, la peur de s’avouer à soi-même que l’on aime une personne», insiste Edsun. D’où le titre, qui véhicule cette image du papillon de nuit fatalement attiré par la lumière, au risque de se brûler.

Même s’il y a de la danse et du théâtre, le cœur battant de Moth reste la musique

Coproduite par le Mierscher Theater et Opderschmelz, et soutenue notamment par le Trois C-L, la pièce a produit ses plus belles étincelles dans l’enceinte de la Banannefabrik. Le temple luxembourgeois de la danse contemporaine a accueilli Edsun par deux fois au cours de ce projet de longue haleine : en 2024 pour une résidence de recherche, puis pour trois semaines en octobre 2025. Cette dernière résidence, répartie entre l’écriture, la dramaturgie et les chansons, s’est révélée «essentielle» : «J’avais l’opportunité de présenter un « work in progress » au 3 du Trois pour clôturer la résidence… mais le vrai travail de création devait commencer le lendemain, au Mierscher Theater. Je suis donc arrivé le matin au Trois C-L avec mes chansons et mes idées, mais j’ai tout de suite été attiré par une échelle qui se trouvait un peu par hasard sur la scène. Au lieu de travailler ce qui était prévu, on a bossé quatre heures pour tenter d’intégrer cette échelle dans la pièce; elle est aujourd’hui un moment clé du spectacle. Parfois, la spontanéité peut nous ramener sur un chemin qu’on n’imaginait même pas.» À l’arrivée, Edsun regarde ce travail comme «une leçon perpétuelle» où «chaque jour, il y avait de nouvelles choses que je ne savais pas. J’ai appris énormément de choses.»

De la dramaturge Piera Jovic à la scénographie de Sacha Hanlet, en passant par les lumières de Steve Demuth, Edsun ne s’est pas seulement entouré de brillants talents et techniciens, mais aussi de «très bons potes» – autre preuve du besoin d’une connexion humaine forte pour enrichir son univers. Naturellement, «l’entente et la confiance ont été instantanées» avec le metteur en scène du spectacle, Hadi Deaibes, «le seul que je ne connaissais pas encore». Pour quelqu’un qui «aime être impliqué dans tous les aspects d’un show, en particulier un aussi intime», Edsun se ravit d’avoir «trouvé autant de liberté, de créativité dans la confiance», pour atteindre «un niveau auquel je n’avais même pas osé rêver».

Nouveau single en mars

Symbole ultime de la richesse de cette grande collaboration, Edsun compose, met en scène, chorégraphie et interprète la pièce, mais la scène, il la partage avec un autre danseur et chorégraphe, Tristan Sagon. Dans son encore jeune carrière, le Français a déjà un beau CV, qui l’a vu collaborer avec Ivo van Hove, Romane Bohringer, mais aussi le DJ Calvin Harris, la chanteuse Charlotte Cardin ou encore Éric Cantona. La connexion avec Edsun s’est faite à travers une petite annonce, quand l’artiste cherchait des danseurs en vue du festival Usina, à Dudelange, où il a présenté à l’été 2025 une «version concert» de Moth. «Sa façon de parler, de penser, ça a été un déclic immédiat – alors qu’on s’est vus la première fois via FaceTime!», se souvient Edsun. Aucune guerre d’ego, donc, mais une bienveillance mutuelle qui est allée dans un seul sens, celui de «savoir ce qui était le mieux pour le spectacle, sans attacher d’importance à qui a eu l’idée en premier».

Sur scène, les deux artistes sont Ely et Dré, deux garçons qui dérivent dans un monde entre rêve et réalité, et qui vont explorer par la musique et le mouvement des corps le lien qui les unit. Le spectacle devrait marquer une nouvelle étape dans la carrière florissante d’Edsun : pour un artiste qui a toujours travaillé avec le cœur, il promet d’y dévoiler – ainsi que dans l’EP attendu pour le mois de mai – une intimité encore inédite. Un deuxième titre issu du disque, Bad Boy, sera disponible dès le mois de mars, pour «continuer de creuser la veine» de ce récit, tout en «dévoilant un peu plus de choses sur l’histoire».

Moth, d’Edsun.

Vendredi et samedi, à 20 h.
Mierscher Theater – Mersch.

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