L’héritage de l’inventeur du jazz manouche est au cœur d’une nouvelle série d’albums. Entre les hommages symboliques et les concerts où l’on célèbre son génie, l’esprit de ce guitariste d’exception n’a jamais été aussi vivace.
Une statue à son effigie à Samois-sur-Seine où il vécut la fin de sa vie, une place à son nom à Paris, des festivals et désormais une nouvelle collection d’albums… La mémoire du guitariste Django Reinhardt, légende du jazz manouche, reste vivace 72 ans après sa disparition. «Django Reinhardt est un musicien éternel», explique ainsi Stéphane Portet, directeur du Sunset et du Sunside, clubs parisiens de jazz, qui s’est associé au Label Ouest pour lancer «Django Celebration».
Les deux premiers disques de cette collection, qui en comportera douze, sont parus en septembre et novembre. Le troisième est attendu au printemps. Stochelo Rosenberg, Tchavolo Schmitt et Angelo Debarre mêlent tour à tour leurs compositions à celles du célèbre guitariste. «Les musiciens ne sont pas là que pour reprendre ses standards, mais pour perpétuer cette tradition du jazz manouche» qu’il a inventé, souligne Stéphane Portet.
Tous les disques ont été ou seront enregistrés au Sunset dans les conditions du live, en trio avec le même contrebassiste, William Brunard, directeur artistique du projet. Plusieurs des guitaristes de cette collection se produisent aussi jusqu’à samedi, toujours au Sunset : Angelo Debarre, Samson Schmitt, Adrien Moignard et Hugo Giezbar, considéré par certains connaisseurs comme le nouveau phénomène du genre.
L’aventure du Hot Club de France
Né dans une roulotte sur un terrain vague à Liberchies au sud de Bruxelles, Django Reinhardt a fait intrusion dans le milieu du jazz, alors naissant en France, à la fin des années 1920. Autodidacte venu du banjo avant de choisir la guitare, il a créé un style, le jazz manouche, qu’il a perpétué à la tête du Quintette du Hot Club de France (avec Stéphane Grappelli). À ce style unique, convergence des mélodies tsiganes et du swing, Django Reinhardt y ajoute ses propres improvisations, sa poésie et sa virtuosité. Certaines de ses compositions sont devenues célèbres : Nuages, Manoir de mes rêves ou Minor Swing.
Le découvrir, c’est ressentir la fluidité, l’élégance, la grâce, l’aventure, le danger, le risque, la liberté…
Sa légende prend une dimension supplémentaire quand on sait qu’il interpréta ces rêveries musicales en n’utilisant que deux doigts (trois si l’on ajoute le pouce) de sa main gauche, les autres ayant brûlé dans l’incendie de sa roulotte en 1928. Suivront, plus tard, les années d’Occupation – heures de gloire paradoxales alors que les Tsiganes sont persécutés par les nazis –, la tournée américaine avec Duke Ellington en 1946, le désintérêt progressif pour la musique, puis le retour vers un jazz plus moderne avec le be-bop et la disparition brutale à 43 ans.
Un style qui «touche le cœur»
«Django Reinhardt a jeté un pavé dans la mare, parce qu’il a créé un style qui n’existait pas dans le jazz américain», retrace Stochelo Rosenberg, l’un de ses héritiers. «Il a révolutionné la musique tsigane et l’a ouverte au monde», ajoute-t-il, estimant que son style «touche le cœur». Le guitariste continue, depuis sa disparition en 1953, de faire l’actualité. Un festival en son nom a vu le jour en 1968 à Samois-sur-Seine (Seine-et-Marne), qui a aussi inauguré, en 2010 un buste à son effigie. Le festival a grandi puis déménagé dans les jardins du château de Fontainebleau pour devenir un rendez-vous culturel de l’été attirant des spectateurs du monde entier. La prochaine édition se tiendra du 25 au 28 juin.
En 2017 sort sur les écrans le film Django, seul biopic à ce jour consacré à un musicien français de jazz, avec Reda Kateb dans le rôle du dandy manouche à la fine moustache. Sa célébrité a traversé les frontières : Django Reinhardt est adulé aux États-Unis, la patrie du jazz où il n’est quasiment jamais allé. Dans la boutique du New Orleans Jazz Museum, il est d’ailleurs le seul musicien non américain à avoir droit à un t-shirt avec son portrait. «Le découvrir, c’est ressentir la fluidité, l’élégance, la grâce, l’aventure, le danger, le risque, la liberté et toutes ces merveilleuses qualités musicales qu’il incarnait si profondément», confirme Julian Lage, jeune guitariste américain très en vue, qui reconnaît le talent de son aîné.
«Django Celebration» (2 volumes).
Label Ouest.