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[Musée] Les rêves de grandeur du Kanal-Pompidou


Photo : afp

Le compte à rebours est lancé pour Kanal-Pompidou, futur grand lieu d’art à Bruxelles qui doit ouvrir fin novembre. Mais derrière les promesses artistiques alléchantes, la réalité politique, elle, est moins rassurante. Découverte. 

À moins de 300 jours de son ouverture au public, le musée Kanal-Pompidou, qui se présente comme le futur grand lieu d’art contemporain de Bruxelles, a récemment levé le voile sur ses espaces d’exposition et les premiers noms qui y seront exposés. Le site de quelque 40 000 m2, encore en chantier, doit ouvrir le 28 novembre après cinq ans de travaux pour transformer l’ancien garage-atelier Citroën, vaste bâtiment industriel emblématique des années 1930. Sa direction le présente comme «le plus grand projet de nouveau musée en Europe», qui doit enfin «mettre Bruxelles sur la carte du monde» en termes d’art contemporain.

«Bruxelles a un des écosystèmes artistiques les plus vivants et les plus dynamiques d’Europe, mais, très paradoxalement, la capitale de l’Europe n’avait pas jusqu’à aujourd’hui son grand musée d’art moderne et contemporain», explique son directeur général, Yves Goldstein. Le musée bénéficie d’un partenariat avec le Centre Pompidou à Paris, qui fournira quelque 300 œuvres piochées dans ses collections (de Mondrian à Picasso en passant par Sonia Delaunay ou Giacometti) pour la principale exposition inaugurale, intitulée «A Truly Immense Journey».

Un «musée-ville» frontière

Au total, dix expositions marqueront l’ouverture des lieux, en mêlant les travaux d’artistes émergents de la scène locale à ceux de signatures plus confirmées, comme Otobong Nkanga. L’artiste nigériane, qui vit et travaille à Anvers, a représenté la Belgique en 2019 à la Biennale de Venise. Elle exposera un travail sur le thème du tissage. «Tout l’objectif de Kanal, c’est d’utiliser l’art, la culture et l’architecture comme des leviers de dialogue, de rencontres, de métissage et de mixité», fait encore valoir Yves Goldstein. Et «on veut amener au musée des publics qui ne s’y rendent jamais».

Un musée qui doit mettre Bruxelles sur la carte du monde

Le musée est implanté au bord d’un canal qui est souvent considéré dans la capitale belge comme une frontière difficile à franchir, entre, d’un côté, le centre et la partie huppée de la capitale et, de l’autre, à l’ouest, les quartiers plus pauvres frappés par la désindustrialisation, comme celui de Molenbeek. Dans le bâtiment, présenté comme un «musée-ville», un petit tiers de la superficie (soit 12 000 m2) sera consacré aux espaces d’exposition, le reste étant en grande partie laissé en accès libre pour la population autant que pour les touristes.

Kanal hébergera en outre le nouveau centre d’archives de l’architecture (déplacé de son lieu actuel à Bruxelles) ainsi qu’un auditorium d’une capacité de 400 places assises, une brasserie, une boulangerie, un «roof top bar» sur une terrasse panoramique, un restaurant gastronomique et une aire de jeux pour enfants. Le bâtiment Citroën avait été racheté en 2015 au constructeur français par la région Bruxelles-Capitale, qui a pris possession des lieux en 2018. Elle a pu y organiser une année d’expositions temporaires, avant de lancer en 2020 les lourds travaux de dépollution, de désamiantage et d’isolation.

Crise politique et financière

Le bâtiment, dont une annexe offre également un bel exemple d’architecture Art déco, semble important dans le processus de sa reconversion. Pour l’ancien directeur du musée national d’Art moderne au Centre Pompidou Bernard Blistène, l’établissement doit «rester le fil rouge. Il faut trouver des œuvres en résonance avec ce lieu qui a quelque chose d’essentiel», disait-il en 2018. «Ce bâtiment vous tient en respect. Il faut la puissance des collections pour lui répondre», avait renchéri le président du Centre Pompidou d’alors, Serge Lasvignes, depuis décédé et remplacé par Laurent Le Bon (le premier directeur du Centre Pompidou-Metz). Il avait également affirmé son souhait de «travailler avec tous les acteurs de la scène bruxelloise».

Côté budget, le chantier représente un investissement de quelque 230 millions d’euros, dont environ 20% restent encore à obtenir de la région, selon Yves Goldstein. Le projet n’échappe pas à la crise politique et financière que traverse la région, sans gouvernement de plein exercice depuis les élections de juin 2024. Sur fond de fragmentation politique record, les négociations entre partis sont complètement enlisées. Cela prive cette entité fédérée d’une trajectoire budgétaire. Outre le coût du chantier, Kanal table sur un budget de fonctionnement annuel de quelque 30 millions d’euros, toujours en négociation avec l’exécutif régional démissionnaire qui assure les affaires courantes.

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