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[Magazine] Lofi Girl, le phénomène YouTube qui joue la détente


(Photo : afp)

Casque sur les oreilles, pull vert, cheveux bruns et tasse fumante : derrière la «Lofi Girl», personnage central d’une chaîne YouTube à succès diffusant des contenus apaisants, se cache un Français de 31 ans, à la tête d’une entreprise aux multiples activités.

Même s’il talonne, avec près de 16 millions d’abonnés, les deux plus gros youtubeurs de France, Tibo InShape et Squeezie, personne ne reconnaît Dim, yeux clairs et barbe fine, dans le café parisien où il a ses habitudes. Le jeune homme, qui tient à préserver son anonymat, se voit davantage comme un «entrepreneur» qu’un «youtubeur», concède-t-il, à l’occasion du lancement d’une nouvelle radio dédiée à la musique house sur sa chaîne.

Chaque jour, plusieurs dizaines de milliers d’auditeurs du monde entier se branchent sur la vingtaine de radios de sa chaîne, aux titres comme «Musique d’ambiance pour dormir» ou «Lofi hip-hop, pour se détendre et étudier», avec pour figure emblématique une étudiante devenue une icône d’internet. Ces morceaux sont passée au filtre «lo-fi», aux sonorités volontairement imparfaites, chaleureuses et au rythme lent, rappelant «des sons un peu « old school »», selon le créateur.

En plus des playlists, également diffusées sur les plateformes de streaming, «Lofi Girl» se décline aujourd’hui en produits dérivés, noue des partenariats avec des marques et prépare même l’ouverture d’un café à Paris en 2027. Le «projet d’une vie», décrit Dim, qui l’a démarré en 2015 dans sa chambre d’étudiant en école de commerce avec la création de la chaîne Chilled Cow, sur YouTube, sur laquelle il diffuse une compilation de titres qu’il écoute lorsqu’il joue en ligne à World of Warcraft.

Depuis le début en 2015, on a collaboré avec près de mille artistes

Après des débuts modestes, il connaît un premier succès en 2017 en lançant une radio en direct illustrée par l’image d’une jeune fille qui étudie, issue d’un film du studio d’animation japonais Ghibli. Sa chaîne connaît alors une ascension fulgurante, passant de moins de 100 000 abonnés à plus d’un million en six mois – avant d’être soudainement désactivée par YouTube à la demande du studio. «C’était quelque chose que je redoutais, car je savais que je n’avais pas l’autorisation d’utiliser ce visuel», reconnaît-il, «J’ai tenté par tous les moyens de les contacter pour trouver un arrangement, sans succès.» La chaîne est suspendue trois mois.

Pour éviter une nouvelle suspension, il lance un appel à projets dans les écoles d’illustration et d’animation en France. «Un visuel est sorti du lot, celui d’un étudiant lyonnais, Juan Pablo Machado», se rappelle-t-il : celui d’une jeune étudiante dans une chambre douillette, installée devant une fenêtre donnant sur le quartier de la Croix-Rousse à Lyon. «Je regardais beaucoup les commentaires de mes vidéos et je voyais que les gens disaient beaucoup qu’ils utilisaient la radio pour étudier», donc «j’ai trouvé pertinent de faire un personnage en train d’étudier» pour que les gens puissent s’y identifier. La «Lofi Girl», comme la surnomment les abonnés, est née.

Une fois relancée, la chaîne connaît un vrai boom au moment de la pandémie de Covid-19, «une période où les gens avaient besoin de musique pour se détendre et étudier», constate Dim. En deux ans, le compte Chilled Cow, renommé Lofi Girl en 2021, passe le cap des 10 millions d’abonnés. Selon Dim, près d’un tiers des écoutes proviennent des États-Unis, le reste étant réparti entre plusieurs pays, avec une moyenne d’âge située entre 18 et 35 ans.

Pour alimenter ses playlists, il crée son entreprise et monte un label en 2019 pour démarcher des musiciens, qui produisent de la musique pour sa chaîne. «Depuis le début, on a collaboré avec près de mille artistes», affirme Dim, qui revendique plus de 8 000 titres dans son catalogue. Son entreprise, qui compte une trentaine de salariés, dont ses deux frères, partage «à 50-50» avec les artistes les revenus générés par les écoutes, assure l’entrepreneur. Il dispose également d’un studio interne pour les dessins et les animations de son personnage phare, selon les mises en scène de ses vidéos. «Lofi Girl» pourrait aussi bientôt faire son incursion dans le monde du jeu vidéo.

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