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[Magazine] Harlem Globetrotters : cent ans de spectacle


(Photo : afp)

Dunks en haute altitude, passes incroyables et dribbles improbables : les spectaculaires Harlem Globetrotters célèbrent cette année leurs 100 ans après avoir popularisé le basket-ball hors des États-Unis et contribué à la cause afro-américaine.

Le nom de l’équipe, actuellement en tournée mondiale, a été choisi à dessein. Bien que les Globetrotters se forment à Chicago en 1926, son propriétaire et manager (blanc) Abe Saperstein opte pour Harlem, quartier de New York alors épicentre de la culture noire américaine, «parce qu’il voulait que tout le monde sache qu’ils étaient une équipe uniquement composée d’Afro-Américains», explique le Dr Susan Rayl, de l’université d’État de New York à Cortland. Et Globetrotters car Saperstein, visionnaire et avec un sens aigu des affaires, «anticipait qu’un jour ils iraient partout dans le monde», ajoute-t-elle.

En attendant, l’équipe sillonne les États-Unis pour affronter la plupart du temps des équipes composées uniquement de Blancs dans de vrais matches, loin des exhibitions actuelles. Largement supérieurs le plus souvent à leurs adversaires, les Harlem Globetrotters commencent alors, à la fin des années 1930, à faire le show qui fera leur renommée mondiale, par leurs facéties, actions et dribles spectaculaires.

Elles ne sont pas du goût du propriétaire et manager de l’autre équipe phare des Black Fives, équipe uniquement composée de joueurs noirs à une époque où ils ne pouvaient participer aux ligues professionnelles, ségrégation oblige. «Il était originaire des Antilles britanniques et n’aimait pas les bouffonneries des Harlem Globetrotters, qu’il trouvait avilissantes. Pour lui, cela renvoyait à une image de descendants africains analphabètes, idiots. Beaucoup d’Africains-Américains étaient du même avis», explique Susan Rayl.

Ils poursuivent leur héritage en tentant d’avoir un impact positif sur le monde

Les mêmes critiques leur seront adressées pendant la période du mouvement des droits civiques, dans les années 1950 et 1960. Le pasteur et militant Jesse Jackson a, lui, pris leur défense : «Je pense qu’ils ont eu une influence positive. Ils n’ont pas dépeint les Noirs comme stupides, mais au contraire, comme supérieurs.» Notamment par leur domination quasi totale jusqu’à la fin des années 1940, qui les conduit à affronter en 1948 et 1949 les Lakers, alors à Minneapolis et champions de la Basketball Association of America (BAA), l’une des ligues de l’époque.

L’objectif est aussi commercial, mais les deux victoires des «Trotters» participeront à l’intégration des joueurs noirs aux ligues professionnelles : en 1950, leur membre Nathaniel Clifton devient le premier Afro-Américain à rejoindre la NBA tout juste créée. Et la même année, Chuck Cooper est le premier joueur noir choisi lors de la «draft», par les Boston Celtics en 14e position.

À partir des années 1950, les Harlem Globetrotters exportent leurs talents à l’étranger comme de véritables rock stars, réunissant par exemple 75 000 personnes au stade olympique de Berlin en 1951. Alors que la NBA prend le pas sur les équipes de tournées, mais ne dépasse évidemment pas les frontières américaines, eux deviennent de véritables ambassadeurs du basket-ball et des États-Unis à travers le monde.

Ils sont reçus en 1952 par le pape Pie XII et se rendent en 1959 en URSS, avec dans leurs rangs Wilt Chamberlain, future vedette de la NBA qu’ils parviennent à attirer une saison, à la sortie de l’université, avec un pont d’or. «Dans les années 1950, ils sont nommés ambassadeurs de bonne volonté et sont envoyés par le département d’État à l’étranger pour montrer la diversité et l’égalité supposées aux États-Unis, ce qui n’était pas le cas», souligne Susan Rayl.

Les Harlem Globetrotters d’aujourd’hui, rachetés en 2013 par une entreprise de parcs de loisirs, disent «poursuivre cet héritage en tentant d’avoir un impact positif sur le monde», selon «Wham» Middleton. Par leurs acrobaties et facéties qui, avant de tenir du pur divertissement, ont en partie forgé l’identité de cette équipe, la seule admise au «Hall of Fame» du basket-ball à Springfield, en 2002. Quant au spectacle, qui tourne actuellement en France, il sera de passage à Luxembourg à la Coque le 3 octobre prochain.

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