Les lecteurs l’attendaient depuis un an : le quatrième et dernier tome de la fresque familiale Les Années glorieuses, consacrée par Pierre Lemaitre à l’après-guerre, est sorti mardi. L’occasion pour son auteur de parler de sa méthode… et de l’IA.
Pierre Lemaitre est fidèle : comme tous les ans, le romancier français sort un nouveau livre, porté par un succès populaire qui démontre, selon lui, que l’homme garde un «besoin irrépressible de fiction» auquel ne peut répondre l’intelligence artificielle, pour le moment. «Les romanciers ont encore un peu d’avance sur l’IA», estime Pierre Lemaitre. «Combien de temps? Je ne sais pas. Mais, aujourd’hui, je ne vois pas l’IA être capable d’inventer une forme moderne et attirante de roman», ajoute l’auteur à l’occasion de la sortie, très attendue, de son roman Les Belles promesses, en librairie depuis mardi.
Quels que soit les progrès de la machine, l’auteur de 75 ans veut continuer à écrire «comme un artisan», tant que sa santé le lui permettra. Il s’est fixé, de surcroît, un objectif de taille : raconter le XXe siècle en dix romans. Sept ont désormais été publiés depuis Au revoir là-haut, immense best-seller récompensé par le prix Goncourt en 2013, suivi de Couleurs de l’incendie (2018) et de Miroir de nos peine (2020), ainsi que de la tétralogie Les Années glorieuses (2022-2026). Et pourtant, lorsqu’il annonce son ambition de «feuilletonner le XXe siècle», comme ont pu le faire à l’époque Alexandre Dumas ou Roger Martin du Gard, «personne n’y a cru», se souvient-il.
Une nouvelle trilogie à venir
Mais Pierre Lemaitre est persuadé du pouvoir de séduction de la «littérature populaire» : «Les lecteurs aiment qu’on leur raconte des histoires, ce que permettent les grandes sagas romanesques», dit-il. «Ma conviction profonde, c’est que le besoin de fiction ne se tarira jamais», avance-t-il. Car, depuis l’Antiquité et la mythologie, la fiction a «toujours été une manière de décrypter le réel». Pour l’auteur, l’IA devrait toutefois être bientôt capable d’écrire un roman pouvant être de Pierre Lemaitre : «Si on rentre dans son corpus mes dix-sept romans, elle va faire l’analyse du style et de leur construction, et les reproduire».
Pour l’instant, l’IA est incapable d’inventer Pierre Lemaitre!
Mais, «pour l’instant, l’IA est incapable d’inventer Pierre Lemaitre», ajoute-t-il. En prenant l’exemple de Au revoir là-haut, un roman qui «est un peu un ovni» car «j’ai pris la guerre de 1914-1918 un peu de biais, en partant de faits peu connus». L’auteur entend ainsi appliquer la même méthode pour la trilogie à venir, qui fera revivre les décennies 1970 et 1980, jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989. Il y mettra en scène la troisième génération des Pelletier, la famille au cœur de la saga, qui sera plongée dans cette «période paradoxale».
Un XXIe siècle pas assez «clair»
«Avec, d’un côté, une France qui souffre énormément des grands plans de restructuration dans le nord et l’est, et de l’autre une génération rock assez scintillante», rappelle-t-il. Durant ces vingt ans, le pays est passé du «bourgeoisisme» à la Georges Pompidou à la «pseudomodernité» façon Valéry Giscard d’Estaing, «qui a fini par céder sous les coups de boutoir de la gauche de François Mitterrand, qui vire ensuite à droite», résume le romancier. Pierre Lemaitre n’a pas l’intention d’aller plus loin en inventant la vie des Pelletier au XXIe siècle.
«La période actuelle n’est pas claire. Mais aucune n’est facile à décrire lorsque vous la vivez. Il est préférable d’avoir un recul de quelques décennies», explique-t-il. Le roman Les Belles promesses, tiré à quelque 250 000 exemplaires, s’annonce comme un best-seller de la rentrée d’hiver. Les trois premiers tomes de la tétralogie des Années glorieuses se sont jusqu’à présent écoulés à 1,5 million d’exemplaires en grand format et en poche, selon des chiffres de l’institut GfK donnés par l’éditeur.
Les Belles Promesses, de Pierre Lemaitre. Ed. Calmann-Lévy.