Trente ans après sa mort, l’aura de Marguerite Duras reste intacte : ses romans sont appréciés, ses textes étudiés et ses pièces jouées.
Le 3 mars 1996, la romancière née en Indochine s’éteignait à son domicile parisien. Elle allait avoir 82 ans. «Écrire, c’était la seule chose qui peuplait ma vie et l’enchantait», disait-elle. Trente ans plus tard, «ce qui reste de Duras, c’est un envoûtement, un mystère. C’est un personnage inépuisable», affirme la journaliste Béatrice Gurrey, qui vient de publier Marguerite Duras. Dévorer, tout (L’Aube/Le Monde). Loin de la discrétion cultivée par de nombreux écrivains, Marguerite Duras a cherché, de son vivant, à être une figure publique. Reconnaissable à «son visage rond, ses yeux inquisiteurs, sa taille minuscule, ses manières vives et désinvoltes, son air à la fois étonné et blasé», comme la décrit l’académicien Dominique Fernandez, dans son ouvrage, À vous, troupe légère (Grasset).
Elle a réussi à construire l’image de «la grande écrivaine, la cinéaste et dramaturge expérimentale, la pythie médiatique, agaçante et prête à donner son avis sur tout – surtout si elle peut déranger», résume Julien Piat, qui a coordonné l’album de La Pléiade consacré à ses romans indochinois, publié jeudi. «On peut être à la fois agacé et pétri d’admiration» pour elle, souligne Béatrice Gurrey, en qualifiant de «fascinante» la «détestation dont elle a parfois fait l’objet de son vivant». Marguerite Duras n’a en effet craint ni la provocation ni la polémique, comme lorsqu’elle a présenté en 1985, en pleine affaire du petit Grégory, Christine Villemin comme une mère infanticide. Elle a aussi choqué en décrivant sa décrépitude, liée en bonne partie à son alcoolisme.
L’Amant, un «classique»
La romancière a publié une trentaine de livres, qui se sont vendus à des millions d’exemplaires et ont été traduits en 35 langues. Parmi eux, son plus grand succès reste L’Amant, prix Goncourt 1984, un roman sulfureux sur les amours entre une adolescente de 15 ans et un homme de 27 ans. «C’est probablement son roman le moins compliqué, le moins mystérieux. Il raconte une histoire que l’on comprend bien, ce qui n’est pas le cas de tous ses livres», souligne Béatrice Gurrey. Vendu à plus de 2,4 millions d’exemplaires, «L’Amant est chaque année la meilleure vente de notre fonds. Il est devenu un classique», indique Thomas Simonnet, le patron des Éditions de Minuit, qui a publié quinze de ses ouvrages.
«Ces titres ont traversé le temps. Ils passionnent pour leur variété, leur sensibilité, leur originalité», selon lui. Pour Julien Piat, l’œuvre écrite de Duras perdure car elle «témoigne d’une diversité et d’une inventivité remarquables». De plus, elle parle «des problématiques de son temps, qu’il s’agisse d’enjeux historiques (décolonisation, révolutions, féminisme…), littéraires et théoriques (qu’est-ce qu’un roman? Comment inscrire la voix à l’écrit?)», ajoute-t-il. Plusieurs de ses textes ont d’ailleurs été proposés au baccalauréat, à l’image d’un extrait de Moderato Cantabile en 2024. Marguerite Duras a aussi été dramaturge, avec une trentaine de pièces, et cinéaste. À l’automne, le metteur en scène Julien Gosselin a présenté à Paris Musée Duras, une traversée de son œuvre en dix heures.