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[Littérature] La rentrée 2026 joue l’éclectisme


Gisèle Pelicot, Éric Vuillard, Pascal Quignard, Mélissa Da Costa (championne des ventes en 2024) ou encore l'acteur Tom Hanks font partie des évènements littéraires de ce début d'année. (Photos : dr)

Mélissa Da Costa, J. M. G. Le Clézio, Delphine de Vigan, Pierre Lemaitre… D’illustres écrivains animent la rentrée littéraire de janvier avec l’espoir d’attirer les lecteurs après une année 2025 plutôt morose pour les libraires.

Un peu moins riche que celle de septembre 2025, la rentrée d’hiver propose 363 romans français, soit quasiment autant qu’en 2025, dont 65 écrits par des primoromanciers, selon les données du magazine Livres Hebdo.

Incontournables

Les lecteurs l’attendaient depuis un an : le quatrième et dernier tome de la fresque familiale Les Années glorieuses, consacrée par Pierre Lemaitre à l’après-guerre. Tiré à 250 000 exemplaires, Les Belles Promesses (Calmann-Lévy) plonge les héros de la saga dans un Paris frénétique, celui de la construction du périphérique, mais aussi dans les campagnes frappées par l’exode rural.

Dix-huit mois après son précédent roman, Tenir debout, Mélissa Da Costa revient avec Fauves (Albin Michel), l’histoire d’un jeune de 17 ans qui fuit un père violent et débarque dans un cirque où il s’initie au dressage des fauves. Un roman «de sueur et de sang» de l’autrice la plus lue de France en 2024.

Pilier de la littérature française, Jean-Marie Gustave Le Clézio revient avec Trois Mexique (Gallimard), dans lequel le prix Nobel 2008 dresse le portrait de trois figures mexicaines inspirantes et réaffirme son attachement aux traditions amérindiennes.

Âpres campagnes

Loin du Mexique, la campagne française sert de décor à plusieurs romans de la rentrée, mais la vie y est rude et les destins souvent tragiques. Dans Acqua (L’Observatoire), Gaspard Koenig plonge un village normand dans la crise lorsque l’eau vient à manquer au robinet. Marie-Hélène Lafon raconte, sans fioriture, le huis clos étouffant d’une ferme du Cantal dans Hors champs (Buchet-Chastel).

Dans Le Visage de la nuit (L’Iconoclaste), Cécile Coulon marie le conte et la poésie pour narrer l’histoire d’un enfant défiguré qui vit caché et ne sort que la nuit pour trouver refuge dans les bois.

Enjeux brûlants

Après Les Enfants sont rois (2021), Delphine de Vigan poursuit son exploration des bouleversements liés au numérique dans Je suis Romane Monnier (Gallimard). Ou comment retrouver la trace d’une disparue lorsqu’il ne reste que les messages, les voix et la mémoire de son téléphone portable. L’actrice Judith Godrèche, fer de lance du mouvement #MeToo en France, «revisite son passé» dans Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux (Seuil), un récit dans lequel elle montre comment elle a été «une enfant confrontée au monde des adultes».

Dans Sicario bébé (Rivages), Fanny Taillandier raconte la cavalcade d’un jeune couple qui a accepté de réaliser, pour 50 000 euros, un assassinat commandité par un narcotrafiquant. «C’est une histoire de jeunesse, celle qui fait les rêves, les erreurs et les révolutions», selon l’autrice.

Curieux destins

Éric Vuillard, auteur de L’Ordre du jour, prix Goncourt 2017, ressuscite dans Les Orphelins, une histoire de Billy the Kid (Actes Sud) le légendaire hors-la-loi du Far West, mort à 21 ans. Dans Désertion (Verticales), François Bégaudeau dresse lui le portrait d’un jeune homme qui quitte sa ville côtière française pour aller se battre en Syrie où combat le groupe État islamique (EI).

«De la cuisine il a fait un art et de sa vie un roman», résume Gautier Battistella en racontant, dans Bocuse (Grasset), la vie du célèbre chef cuisinier, «séducteur, aventurier, conservateur et furieusement moderne à la fois». Deux ans après le triomphe des Yeux de Mona, une ode à la peinture traduite en de nombreuses langues, Thomas Schlesser honore la poésie dans Le Chat du jardinier (Albin Michel), en librairie le 29 janvier.

Nouvelles venues

Le marasme d’une partie du secteur ne fait pas peur à des amoureux du livre qui osent créer de nouvelles maisons d’édition. C’est le cas des Éditions Hardies, qui promettent de ne «publier que des livres singuliers» et se lancent avec le nouveau livre de Pascal Quignard, Il n’y a pas de place pour la mort, une invitation au vagabondage.

La maison Les Corps Conducteurs, créée au sein du groupe indépendant des Nouveaux éditeurs, veut promouvoir des «livres électriques», comme celui du jeune poète Victor Malzac, Le Monstre mur.

Hanks, Reeves : de l’écran à l’écrit

Les acteurs Tom Hanks et Keanu Reeves sortent leurs premiers romans en français début 2026. Dans Naissance d’un chef-d’œuvre du cinéma (Seuil), en librairie le 16 janvier après être sorti aux États-Unis en 2023, Tom Hanks raconte le tournage rocambolesque d’un film de super-héros au budget colossal. L’acteur de Forrest Gump, âgé de 69 ans, «pose un regard d’initié sur les efforts considérables nécessaires à la production d’un film», résume l’éditeur.

De son côté, le Canadien Keanu Reeves, 61 ans, ajoute le titre de romancier à ceux d’acteur, réalisateur et musicien avec Le Livre d’ailleurs (Au Diable Vauvert), coécrit avec China Miéville, un auteur britannique de romans de science-fiction et d’horreur. Ce roman, qui suit le périple d’un guerrier immortel, a été écrit parallèlement à la série de BD comics BRZRKR, que Keanu Reeves a cocréée et scénarisée.

Ces deux ouvrages font partie des nombreux romans anglo-saxons publiés en français à l’occasion de la rentrée littéraire de janvier. Figure parmi eux le nouveau roman de Gabriel Tallent, l’auteur du best-seller My Absolute Darling (2017), qui publie La Voie (Gallmeister), une histoire d’amitié dans le désert des Mojaves en Californie. Sont également attendus le lauréat du prestigieux Booker Prize, Chair (Albin Michel) de David Szalay, ainsi que Nos héritages (Gallimard), d’Anna Hope, sur les affres d’une famille d’aristocrates anglais.

Un recueil posthume du grand écrivain américain Russell Banks (1940-2023), American Spirits (Actes Sud), rassemble trois histoires se déroulant dans les États-Unis de Donald Trump. L’un des écrivains italiens les plus reconnus, Sandro Veronesi, publie lui Septembre noir (Grasset), un drame familial dans une station balnéaire en 1972. Très remarqué dans son pays, le premier roman du Hongrois Gabor Zoltan, L’Ivresse de la violence (Belfond), dévoile les atrocités commises par la milice des Croix-Fléchées en 1944 à Budapest.

Des essais très politiques

L’essai le plus attendu de cette rentrée d’hiver, Et la joie de vivre (Flammarion), signé par Gisèle Pelicot et la journaliste Judith Perrignon, sortira le 17 février dans une vingtaine de langues. Cette sortie mondiale témoigne de la notoriété acquise par cette Française de 73 ans devenue une figure du combat contre les violences sexuelles après un procès historique contre ses violeurs, dont son ex-mari.

Près de dix ans après le début de #MeToo, l’écrivaine, documentariste et ex-star du X Ovidie décrypte dans Slut Shaming (La Découverte) «le mécanisme marquant au fer rouge les femmes qui ont été sexualisées et l’ont payé très cher». Dans Les Mots qui tuent (Arthaud), la journaliste Michelle Fines fait «l’autopsie» du harcèlement dans le couple qui mène au suicide, des «meurtres invisibilisés qui font deux fois et demi plus de victimes que les féminicides».

Dans une autre affaire retentissante, celle de l’abbé Pierre, accusé par plusieurs femmes d’agressions sexuelles plus de 15 ans après sa mort en 2007, deux livres tentent de comprendre «le système de silence» qui a perduré des décennies. Frédérique Kaba, ancienne directrice à Emmaüs, publie Silence sacré, pourquoi nous nous sommes tus (Buchet-Chastel), tandis que Rachel Le Nan raconte dans Et pourtant, tout le monde savait (City) avoir été abusée par l’abbé Pierre alors qu’elle n’avait que huit ans.

Côté politique, les journalistes Nicolas Domenach et Maurice Szafran comparent, dans Néron à l’Élysée (Albin Michel), Emmanuel Macron à l’empereur romain, en affirmant que tous deux ont été «fulgurants dans la conquête, incertains puis catastrophiques dans l’exercice du pouvoir». Constatant l’intérêt pour les enjeux internationaux et l’impact des désordres du monde, Gallimard s’associe à la revue Le Grand Continent pour lancer «La bibliothèque de géopolitique» avec, comme premier ouvrage, Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire, du chercheur Arnaud Miranda.

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