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[Littérature] La «peste noire» revit


La peste noire a été «la plus grande catastrophe démographique de l'histoire de l’humanité», souligne Patrick Boucheron. (Photo : afp)

Dans son nouvel essai, l’historien Patrick Boucheron raconte l’épidémie «monstre» qui a ravagé l’Europe entière.

Elle fut la plus grande catastrophe démographique de l’Histoire : l’historien Patrick Boucheron propose une histoire globale de la «peste noire» du XIVe siècle, un «événement monstre» encore méconnu, en s’appuyant sur les progrès récents de la science. «J’ai commencé à m’intéresser à la peste noire avant le covid», indique l’historien spécialiste du Moyen Âge, dont l’essai Peste noire (Seuil) est sorti vendredi dernier.

À sept siècles d’écart, les deux pandémies présentent comme point commun d’avoir fondu sur l’Europe à partir de l’Asie. Mais leurs différences sont immenses en termes de létalité, de fulgurance, de réponse médicale et de réaction de la population et des autorités. La peste noire a été particulièrement meurtrière : elle a provoqué la mort d’environ 60 % de la population européenne en cinq ans seulement, de 1347 à 1352, selon les estimations. Ce qui en fait «la plus grande catastrophe démographique de l’histoire de l’humanité», souligne Patrick Boucheron.

De ce fait, elle peut être considérée comme un «événement monstre», c’est-à-dire «un événement qui ne laisse rien indemne, concerne tout le monde et affecte l’ensemble des activités humaines : sociales, économiques, politiques, religieuses et culturelles», précise le professeur au Collège de France. La peste noire est donc «un formidable sujet pour les historiens», qui «ne se contentent plus de lire les documents du passé mais vont chercher les archives du vivant» grâce aux progrès de la génétique, de l’archéologie et de l’ensemble des sciences naturelles.

«Pas de panique»

Partie d’Asie centrale autour de 1338, la peste noire se diffuse lentement, par des puces ou des rats porteurs du bacille, vers l’Europe via la mer Noire. Elle arrive au port de Marseille, une des villes les plus touchées, en 1347 avant de remonter le Rhône. «Ce qui est frappant, c’est que la peste noire ne provoque pas de panique», dit-il. «Bien qu’elle soit confrontée à la mort de masse, la société ne se défait pas. Les structures mentales, religieuses, économiques sont ébranlées mais elles tiennent.» L’archéologie funéraire a ainsi montré que les morts de la peste avaient été enterrés «dans des conditions dignes, comme les autres». «Ce ne sont pas des pestiférés comme on l’imagine.»

Patrick Boucheron est un adepte d’une «histoire déflationniste», au risque de «décevoir» les lecteurs avides de sensationnel. «Je pense que les historiens ne sont pas là pour enflammer les imaginaires» même si les épidémies ont le potentiel de «créer des récits enflammés, épiques». Il a déjà publié de nombreux ouvrages, dont Un été avec Machiavel (Les Équateurs), et a dirigé l’ouvrage collectif Histoire mondiale de la France (Seuil), qui a connu un vif succès après sa sortie en 2017. Il assume son statut d’«historien public» en collaborant à des émissions télévisées ou pour la radio, n’hésitant pas à prendre position dans un contexte où l’histoire constitue de plus en plus un enjeu politique.

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