Accueil | Actualités | [Insolite] Le retour des jeux de ficelle à la récré !

[Insolite] Le retour des jeux de ficelle à la récré !


Bout de ficelle, bout de ficelle, bout de ficelle, celle, celle, celle... Selle de cheval, selle de cheval, selle de cheval... cheval, cheval, cheval... (Photo : AFP)

Attention, multiplication de parachutes et de tour Eiffel en 3D à la récré ! Redécouverts par nos écoliers, les jeux de ficelle sont toujours pratiqués dans des sociétés de tradition orale d’Océanie ou d’Amérique du Sud, mais leur origine recèle encore des mystères.

«Tu mets ta ficelle derrière le pouce et le petit doigt. Tu tires deux fois. Après tu passes le doigt d’honneur dans la boucle du milieu.» Madeleine, 8 ans, en primaire dans l’Est parisien dévoile sa figure préférée, le «parachute». «Les adultes appellent ça un jeu de ficelle mais nous on appelle ça « string »», explique son copain Arsène, qui préfère le «trampoline». Une boucle de ficelle suffit.

Et après une succession de gestes faits avec les doigts, les dents voire… les pieds, voilà une tasse, une tour Eiffel, une étoile. Comme les «jeux d’attrape», de «tapes mains», de billes, les jeux de ficelle vont et viennent dans les cours de récré, au gré des envies des «leaders de la cour», ces enfants qui ont le pouvoir d’entraîner les autres, selon Julie Delalande, anthropologue de l’enfance et de la jeunesse à l’université de Caen.

Même si, cette fois, le retour en vogue des jeux de ficelle constaté depuis quelques mois semble devoir beaucoup à une bonne stratégie de communication d’un fabricant de jouets : «Le marché s’empare régulièrement de jeux de tradition ancienne pour en faire des biens que l’on peut vendre», remarque l’anthropologue. Les «réseaux enfantins» font le reste : les modes se répandent à travers les fratries, les cousins, les potes du quartier, les copains de vacances. Outre dans les cours de récré, ces jeux continuent de vivre dans certaines régions d’Océanie ou dans la région du Chaco en Amérique du Sud. Les anthropologues s’y intéressent depuis la fin du XIXe siècle, notamment pour étudier la circulation du savoir.

«Les jeux de ficelle relève d’une activité mathématique»

«Il y a un contraste assez fort entre les pratiques dans nos sociétés et celles dans les sociétés de tradition orale où elles possèdent parfois une dimension symbolique», explique Éric Vandendriessche, chercheur CNRS au laboratoire SPHère (Sciences, Philosophie, Histoire). Ils peuvent avoir une valeur rituelle, renvoyer à des mythologies locales, évoquer certaines règles sociales, voire comme dans les îles Trobriand en Papouasie-Nouvelle-Guinée parler de sexualité. «Dans ces îles, on pense, ou pensait, que pratiquer ces jeux aurait un impact sur notre environnement, aurait en particulier le pouvoir de favoriser la croissance des ignames», raconte le chercheur.

«Les inuits, il y a une centaine d’années, s’y adonnaient le soir pour favoriser la prise de tel ou tel gibier.» Les jeux de ficelle peuvent également parfois être mis en scène, accompagnés de textes et de chansons. «Ces jeux anciens, traditionnels, se retrouvent à l’échelle internationale», explique Julie Delalande. La figure que les Français appellent «la tour Eiffel en 3D» se retrouve sous le nom de «volcan» chez les Mapuches d’Amérique latine, la figure «Salibu» (miroir) des îles Trobriand correspond à «l’igname poilu» du Vanuatu, le «trampoline» européen ressemble à «la cage thoracique» des Inuits d’Angmagssalik. Mais leur origine reste pour autant mystérieuse. «Nous avons eu quelques témoignages qui attestent de l’invention de figures», explique Éric Vandendriessche. Un vieil Indien du Chaco au Paraguay lui a notamment rapporté que son grand-père en inventait pour lui.

«On m’a également raconté que dans les îles Marquises, s’organisaient des compétitions de jeux de ficelle entre vallées où se mêlaient invention et défi.» Mais le chercheur, qui s’est rendu en Océanie et en Amérique du Sud, n’a jamais croisé un de ces créateurs. Or c’est une chose de se souvenir comment réaliser une figure, c’en est une autre d’en inventer de nouvelles. Pour l’ethnomathématicien, la création de jeux de ficelle provient d’un travail intellectuel mobilisant des procédures, des opérations, des sous-procédures. Et ils peuvent être analysés comme des algorithmes, c’est-à-dire des séries ordonnées d’opérations. «De ce point de vue, les jeux de ficelle relève d’une activité mathématique», conclut-il.

AFP

PUBLIER UN COMMENTAIRE

*

Votre adresse email ne sera pas publiée. Vos données sont recueillies conformément à la législation en vigueur sur la Protection des données personnelles. Pour en savoir sur notre politique de protection des données personnelles, cliquez-ici.