Il était un couturier d’exception et un collectionneur insatiable : décédé en 2017, Azzedine Alaïa est raconté dans une double exposition qui raconte toute l’admiration qu’il portait à Christian Dior. Immanquable.
C’est un pan entier de l’histoire de la mode qui sort de l’ombre : à Paris, une double exposition dévoile pour la première fois une partie de la collection Dior d’Azzedine Alaïa, où des robes emblématiques Christian Dior côtoient l’audace du couturier franco-tunisien. La Fondation Azzedine Alaïa fait ainsi dialoguer une trentaine de silhouettes de l’inventeur du new-look avec celles du maître de la coupe dans l’exposition «Azzedine Alaïa et Christian Dior, deux maîtres de la haute couture». En parallèle, la Galerie Dior présente une centaine de pièces inédites à travers le parcours «La collection Dior d’Azzedine Alaïa».
Un secret bien gardé
Ces pièces proviennent des archives personnelles du créateur à la renommée mondiale. En collectionneur passionné, il a réuni en près de quarante ans quelque 20 000 vêtements et accessoires, dont environ 600 créations Dior. Alaïa a toujours été «fasciné par l’ampleur des robes Dior qui « semblaient tenir debout toutes seules »», explique Olivier Saillard, le directeur de la Fondation Azzedine Alaïa et commissaire des deux expositions. Si sa passion pour la mode patrimoniale était connue de tous, le contenu exact de ses archives est resté un mystère jusqu’à sa mort en 2017.
«Il était extrêmement discret sur ce qu’il possédait. Il n’a jamais souhaité montrer sa collection», explique Olivier Flaviano, directeur de la Galerie Dior. Ce n’est qu’en 2023 que la Fondation Alaïa sollicite la maison Dior pour identifier et répertorier ces pièces. Très bien conservées pour la plupart, elles se révèlent être des œuvres importantes. «Il y a des modèles que nous n’avions pas dans nos archives», souligne encore Olivier Flaviano. Ce travail minutieux a fait naître l’idée d’une double exposition.
Experts de la silhouette
À la Fondation Alaïa, l’exposition se concentre exclusivement sur les créations de Christian Dior (1947-1957) et explore les liens entre ces deux experts de la silhouette. «Ce qu’il y a de plus commun entre eux, c’est la taille», souligne Olivier Saillard. Chez Dior, celle-ci se dessine avec des corsets intérieurs tandis que chez Alaïa, elle s’affirme par des ceintures sculpturales. Pour illustrer ce parallèle, le commissaire de l’exposition compare une robe Venezuela noire de 1957, emblématique des volumes architecturés de Dior, à une robe courte de 2010 signée Alaïa à jupe patineuse et épaisse ceinture en cuir, exposée à côté.
Autre association : l’Andalouse de Christian Dior, robe jaune et rouge à volants créée en 1955, fait écho à une longue robe bordeaux à volants de 2013 d’Alaïa. Au milieu des robes noires – couleur fétiche du couturier franco-tunisien – ces rapprochements révèlent une parenté esthétique inattendue. À la Galerie Dior, les 101 pièces prêtées par la Fondation Alaïa, majoritairement signées Christian Dior, s’intègrent dans un parcours qui mêle robes historiques et documents d’archives, avec notamment pour la première fois des chartes de collection, ces grandes planches où s’alignent croquis et échantillons de tissus.
Stage de cinq jours
«C’est une exposition où, plus que tout autre, on présente une grande diversité de documents d’archives», souligne Olivier Flaviano. L’exposition s’ouvre sur la «Rose des vents», une robe du soir de 1950 en organza plissé, d’un rose pâle subtilement nuancé de gris, couleurs fétiches de Christian Dior. Un peu plus loin, un cliché d’Azzedine Alaïa en 1956, fraîchement arrivé de Tunis, est exposé à côté de son contrat de travail chez Dior, où il effectua un stage de cinq jours, encore conservé dans les archives de la maison.
Dans la salle consacrée au jardin, une robe du soir jaune tournesol à manches longues et à la jupe plissée baptisée «Marcel Pagnol» (1952) attire l’attention. Là encore, des robes aux nuances allant du rose pâle au rouge intense démontrent que la palette Dior ne se limitait pas à ses teintes emblématiques rose, gris ou bleu marine. Azzedine Alaïa s’est-il inspiré de toutes ces archives pour ses propres créations? «Ce n’est pas possible, la collection était tellement énorme», assure Olivier Saillard. «Une fois qu’il ne pouvait plus entrer dans une salle, il en remplissait une autre. Retrouver une robe était de l’ordre de l’impossible. Mais ça a laissé des souvenirs», conclut-il.
«Azzedine Alaïa et Christian Dior, deux maîtres de la haute couture»
Jusqu’au 24 mai.
Fondation Azzedine Alaïa – Paris.
«La collection Dior d’Azzedine Alaïa»
Jusqu’au 3 mai.
La Galerie Dior – Paris