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En Finlande, un stage de plongée en eaux polaires


(Photo : afp)

Sur le lac gelé de Kilpisjärvi, au milieu de collines enneigées près du point de rencontre des frontières de la Finlande, de la Suède et de la Norvège, douze plongeurs participaient en mars à un stage de plongée polaire à des fins scientifiques.

Deux plongeurs disparaissent dans un trou creusé dans la glace épaisse, dans les profondeurs du lac de Kilpisjärvi, dans l’Arctique, ne laissant derrière eux que quelques bulles. De retour 45 minutes plus tard, Marta Lukasik se tape le sommet du crâne, signe des plongeurs pour dire «je vais bien». «C’est juste incroyable, chaque petit détail que l’on voit dans l’eau», s’exclame, fascinée, la plongeuse de 41 ans, doctorante et inspectrice de plongée dans des fermes piscicoles en Norvège.

Pendant dix jours, un groupe de plongeurs internationaux aux parcours variés s’est entraîné à la plongée en région polaire, sous une couche de glace de 80 centimètres recouvrant le lac. Il s’agit de former des plongeurs à des fins scientifiques «dans un environnement extrême», explique Erik Wurz, plongeur-chercheur, instructeur et coordinateur du programme organisé par l’université d’Helsinki.

Le réchauffement climatique transforme l’environnement dans l’Arctique et l’Antarctique à un rythme plus rapide que dans le reste de la planète. «Il reste encore beaucoup de questions à élucider dans les régions polaires et l’accès y est très limité», a déclaré Erik Wurz. «Le nombre de plongeurs scientifiques capables de plonger sous la glace est encore plus restreint», ajoute-t-il, l’estimant à entre 100 et 200 personnes dans le monde.

Vêtus de combinaisons étanches pour se protéger du froid de l’eau à 2 °C, les plongeurs sont arrivés en motoneige sur le site, situé à quelques minutes seulement de la station biologique de l’université d’Helsinki. Ruari Buijs, 21 ans, a vérifié que ses camarades de promotion, rassemblés au trou dans la glace de la «base Alpha», sont tous prêts à plonger, avant de les aider à glisser dans l’eau, équipés de bouteilles d’oxygène sur le dos et d’une lampe accrochée au bras.

Ils s’engagent dans une grotte de glace

«Le plus important, c’est sans doute le travail d’équipe», souligne Ruari Buijs, qui a étudié la biologie et l’océanographie à l’université de Plymouth au Royaume-Uni. «Par exemple (…) si la visibilité est mauvaise, il y a toujours une ligne de retour», explique-t-il en montrant la corde jaune de cinquante mètres de long, une ligne de sécurité qu’il tient à la main et attachée au plongeur. Une lampe fixée à une bouteille d’acier clignote à quelques mètres de profondeur dans l’eau limpide – un repère pour les plongeurs désorientés.

Avec seulement deux trous pour entrer et sortir de l’eau, le plus grand défi pour ces plongeurs est «l’environnement au-dessus de leur tête dans lequel ils s’engagent», souligne Erik Wurz. «Ils s’engagent dans une grotte de glace», ajoute-t-il. L’exercice consiste à prélever un échantillon de la calotte glaciaire, ou «carottage de glace», explique la Canadienne Caroline Chen, 23 ans, plongeuse scientifique de formation travaillant comme assistante de recherche à l’université de Hambourg. «Parfois, on se cogne la tête, je dois encore m’y habituer», ajoute-t-elle.

Dans ce «cadre sécurisé», les plongeurs sont formés pour être «en confiance lorsqu’ils sont déployés en Antarctique», ou lors d’une expédition sans bâtiments chauffés ni douches, rappelle Erik Wurz. Ayant lui-même suivi cette formation lancée en 2024, il a ensuite rejoint une expédition vers la station de recherche antarctique Scott, située à 1 350 kilomètres du pôle Sud. «Nous sommes à un moment vraiment critique, car les régions polaires changent très rapidement», souligne le spécialiste. «D’immenses zones de banquise se détachent… ce qui ne s’était jamais produit auparavant à un rythme aussi rapide.»

Une analyse de données américaines montre qu’en mars, la banquise arctique pourrait avoir connu l’un de ses plus faibles pics hivernaux jamais enregistrés en raison du réchauffement climatique d’origine humaine. «Nous devons prélever des échantillons et recueillir des données fiables dans ces régions, car ce sont celles qui évoluent le plus rapidement sur la planète dans un océan en réchauffement», assure Erik Wurz.

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