La villa de Poppée, proche de Pompéi, révèle progressivement ses trésors, comme des fresques murales aux couleurs intactes. Mieux : les fouilles sont désormais accessibles aux curieux, qui déambulent au milieu des archéologues. Visite.
Genoux à terre, une restauratrice gratte délicatement avec un scalpel l’ultime couche de cendres recouvrant la base d’une fresque au rouge éclatant : dans la villa de Poppée, près de Pompéi, les dernières fouilles sont désormais accessibles au public. De nouveaux espaces, et leurs somptueux décors peints, de la demeure de la deuxième épouse de l’empereur romain Néron, peuvent ainsi être visités par petits groupes successifs de dix personnes maximum, lesquels assistent en direct au travail des archéologues. Sous les hauts échafaudages supportant un toit de tôle, au-delà des espaces déjà aménagés du site, un étroit passage permet de pénétrer au cœur du chantier où pioches, grattoirs et brouettes s’activent.
«Chaque fouille est une surprise! Nous nous attendions certes à trouver une partie des fresques que l’on pouvait voir sur l’autre mur, mais les découvertes ont été bien plus nombreuses», explique Arianna Spinosa, l’architecte qui dirige le chantier. «Il est donc important de commencer à rouvrir la villa et de montrer à tout le monde ce qui est en train de se passer, ce qu’on ne voit pas de l’extérieur» et «qui est merveilleux», ajoute-t-elle. La luxueuse villa d’Oplontis – du nom de l’antique faubourg de Pompéi où elle se trouvait avant d’être ensevelie par l’éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C., était une résidence d’agrément de Poppée.
Au moment de l’éruption, la villa, qui se trouvait alors face à la mer, était en phase de restauration, mais c’est dans sa partie la plus ancienne, remontant au milieu du Ier siècle av. J.-C. qu’ont eu lieu les dernières découvertes. Parmi elles, sur une frise décorative d’un jaune vif, apparaissent les pattes d’un gracieux volatile dont manque seulement la tête. Cette paonne, rendue depuis peu à l’air libre, fait désormais face, dans le salon principal de la villa, à un paon, mis au jour lors de précédentes fouilles, à côté d’un masque de théâtre, sur le mur en miroir, «l’un des espaces les plus représentatifs et iconiques de cette villa», selon Arianna Spinosa.
Chaque fouille est une surprise!
Le paon, animal sacré de la déesse Junon, «est l’un des motifs qui revient très souvent dans la décoration de la villa», explique Giuseppe Scarpati, archéologue en chef du site. Ici, «les paons sont perchés sur une balustrade, devant l’entrée d’un sanctuaire identifié comme un sanctuaire d’Apollon», ajoute-t-il. Mais au-delà des sujets d’une incroyable finesse (oiseaux, poissons, fruits), émergeant sur les panneaux, c’est l’éclat de leurs couleurs, conservées pour certaines dans leur état d’origine, qui frappe. «Ce panneau, rouge vif, porte des pigments originaux non traités, donc conservés dans leur authenticité» et «avoir enfin devant nous des surfaces vierges nous permet d’élargir considérablement nos connaissances», poursuit Arianna Spinosa.
«La villa de Poppée compte parmi les villas suburbaines et maritimes qui se sont toujours distinguées par une qualité exceptionnelle, tant dans la conception que dans la peinture», explique aux tout premiers visiteurs du chantier Elena Gravina, la restauratrice en chef. «Nous avons identifié, non seulement ici mais dans l’ensemble de la villa, du (rouge) cinabre, du (bleu) égyptien, ce sont des pigments qui, à l’époque, étaient très coûteux et difficiles à se procurer, et qui témoignent des relations commerciales, de la richesse des commanditaires, ainsi que de l’habileté et du savoir-faire des artisans», note-t-elle.
Absorbé par le somptueux décor peint du cubicule (NDLR : une petite chambre) et sa voûte ornée de stuc, c’est la première fois que Michele Lovine, 52 ans, un habitué du site, peut échanger avec des restaurateurs. «J’ai vu cette pièce à de nombreuses reprises avant l’intervention de restauration, puis elle a été fermée. Maintenant, elle est certainement plus lisible : elle a retrouvé ses couleurs d’origine, elle est mise en valeur au maximum», estime-t-il. Mais alors que seuls 50 à 60 % de l’étendue globale de la villa de Poppée ont sans doute été fouillés jusqu’à présent, les fouilles ne devraient pas s’arrêter là. «Nous n’en connaissons pas les limites ni au nord, ni à l’est, ni à l’ouest. Potentiellement, la villa pourrait donc nous réserver encore de nombreuses surprises», conclut Arianna Spinosa.