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[Critique Cinéma] «The Order» : Jude Law contre les néonazis 


Avec The Order, le réalisateur Justin Kurzel montre dans ce sens que l’Histoire ne fait que se répéter. (Photo : amazon prime)

Retrouvez notre critique de The Order, le nouveau film de de Justin Kurzel.

Depuis la moitié du XIXe siècle et l’émergence du Ku Klux Klan, jusqu’à l’invasion du Capitole en 2021, poussée par des milices comme les Boogaloo et les Proud Boys, les États-Unis ont toujours eu du mal à faire avec leurs militants de la mouvance «White Power». Pour le FBI et la Sécurité intérieure, aujourd’hui, cette violence extrémiste intérieure constitue même «la plus grave menace terroriste» pour leur pays. Avec The Order, le réalisateur Justin Kurzel montre dans ce sens que l’Histoire ne fait que se répéter, lui, l’amateur de faits divers qu’il transpose à l’écran, de son premier film Snowtown (2011) à son dernier, Nitram (2021), primé à Cannes.

Ici, il repart sur la piste de The Order, un groupe de suprémacistes blancs et chrétiens qui comptent prendre de la dimension pour accomplir leur quête suprême : s’attaquer au gouvernement américain à travers une «révolution armée». Les bases du thriller sont posées, avec comme toile de fond le nord-ouest des États-Unis au début des années 1980. Là, derrière la beauté des paysages sauvages, couve une haine qui tire sa force de la débâcle du Vietnam, de la corruption des élites et des vies de misère. Une colère qui trouve facilement ses ennemis, les juifs, et de manière générale, tout ce qui n’est pas Blanc. Mais aussi son porte-parole, Robert Jay Mathews.

Jude Law en expert à moustache

Ce dernier (joué par Nicholas Hoult, vu récemment dans Juror #2) est convaincu que l’Église (celle des Nations aryennes) a oublié ses «brebis», et que les actes doivent remplacer les paroles. Avec son équipe, mobilisée autour du mantra «un esprit, un corps, une race, une armée», il procède avec méthode : d’abord en recrutant, puis en effectuant une série de braquages pour alimenter les caisses, avant de mener une politique de terreur (attentats, assassinats…).

Au bout, l’espoir de marcher un jour sur Washington. Mais en face, le FBI veille et envoie sur place un expert à moustache : Jude Law, alias Terry Husk, flic qui, comme l’apprécie le cinéma, a tout perdu à cause de son métier, et compense ses désillusions par l’alcool.

Un esprit, un corps, une race, une armée

En compétition à la Mostra de Venise, The Order a depuis perdu de ses paillettes, directement dévoilé en streaming (sur Amazon Prime). Il a pourtant des atouts à faire valoir, malgré un scénario convenu. En premier lieu, il s’appuie sur un joli casting qui, au-delà des deux personnages principaux, dégaine toute une galerie de seconds rôles de belle tenue, notamment celui du jeune policier du coin influençable (Tye Sheridan). Coincé entre les surveillances, les fusillades et les interrogatoires, Jude Law n’a quant à lui rien du justicier de l’Ouest, traînant son spleen dans les volutes de cigarettes, jamais vraiment dans le bon timing, jamais vraiment sûr de ses choix. En face, Nicholas Hoult oppose à cette fragilité un esprit manipulateur et fin stratège, détonant dans un milieu de «redneck».

«Notre pays est grand, mais on est tous coincés dans nos têtes» 

Mais c’est pour ces références, en l’occurrence deux livres, que The Order prend du corps. The Silent Brotherhood (1989) d’abord, enquête réalisée par deux journalistes d’investigation, et surtout The Turner Diaries (1978), régulièrement mis en avant dans le film. Son auteur, William Luther Pierce, y imagine un monde où des révolutionnaires suprémacistes blancs réussissent à prendre le contrôle de la planète. Mais l’utopie devient réelle quand elle se transforme en un guide pratique pour y parvenir, une feuille de route détaillée qui montre comment un petit groupe peut mener une insurrection globale. Un texte qui a notamment inspiré l’attentat d’Oklahoma City (en 1995) et qui le 6 janvier 2021, était mentionné sur des affiches et les réseaux sociaux.

Oui, l’Histoire tourne décidément en boucle, et l’écart entre passé et présent est parfois mince. C’est ce que défendent Justin Kurzel et ses acteurs qui, à Venise, parlaient alors de signes avant-coureurs et de similitudes évidentes. The Order peut donc se voir comme une nouvelle piqûre de rappel dans un monde en pleine recrudescence de racisme et d’antisémitisme, aux États-Unis comme ailleurs. Le message lancé par l’animateur radio Alan Harrison Berg, exécuté froidement par la bande à Robert Jay Mathews, prend alors la valeur d’un énième avertissement : «Notre pays est grand, mais on est tous coincés dans nos têtes.»

The Order de Justin Kurzel avec Jude Law, Nicholas Hoult, Tye Sheridan… Genre thriller. Durée 1 h 56. Amazon Prime