Accompagné d’une promotion fracassante, le film Marty Supreme a permis à l’acteur de remporter, dimanche, une première récompense. Comme son personnage miroir, lui aussi semble prêt à tout pour gagner un Oscar. Découverte.
Investi dans une campagne de promotion délirante et inédite, Timothée Chalamet est l’incarnation parfaite de Marty Supreme, ce joueur de tennis de table des années 1950 dévoré par ses rêves de grandeur, raconte Josh Safdie, réalisateur du film éponyme sorti mi-décembre aux États-Unis. Il n’a pas tout à fait tort à en croire les Critics Choice Awards, cérémonie qui a ouvert dimanche la saison des récompenses hollywoodiennes : en effet, le jeune comédien franco-américain y est reparti avec le prix du «meilleur acteur» en poche, battant notamment Leonardo DiCaprio, pourtant excellent dans le thriller politique de Paul Thomas Anderson, One Battle After Another.
«Josh, tu as créé l’histoire d’un homme imparfait avec un rêve auquel on peut s’identifier», a t-il déclaré à l’attention du cinéaste, qui réalise là son premier film. «Tu n’as pas fait la leçon au public sur ce qui est bien ou mal (…) Je pense que nous devrions tous raconter des histoires comme celle-ci», a-t-il ajouté. Avec cette victoire, décidée par la critique spécialisée, Timothée Chalamet avance ses pions pour les Oscars, récompenses attribuées par des professionnels du cinéma, qui se dérouleront le 15 mars et dont il est désormais favori. Âgé de 30 ans, il n’a jamais caché son ambition de remporter la statuette dorée, voire plusieurs. Et si cette année, c’était la bonne? Il en aura une idée plus précise en fin de semaine durant les Golden Globes, où il est aussi nommé.
«Il ne tenait pas en place»
En tout cas, Josh Safdie a déjà réussi son pari : faire d’une histoire de tennis de table un évènement outre-Atlantique en embauchant l’acteur, taillé pour le rôle-titre selon lui, dont l’engagement absolu dans le projet suscite autant de fascination que d’agacement. Dès sa première rencontre avec Timothée Chalamet, le réalisateur américain perçoit «une énergie différente». «Il ne tenait pas en place», se remémore-t-il. «Il était vraiment intense.» «Il avait cette idée de lui-même, il était « Timmy Supreme »», détaille le cinéaste, admiratif de la confiance de l’acteur dans sa capacité à incarner, au plus près, son personnage.
Il avait cette idée de lui-même, il était « Timmy Supreme »
Avant la sortie du film, Timothée Chalamet a multiplié les happenings entouré de mystérieux personnages à la tête en forme de balle de ping-pong orange et fait d’une veste rétro siglée «Marty Suprême» un accessoire qui s’arrache aujourd’hui aux États-Unis. L’acteur, également producteur du film, a endossé pour Marty Supreme un rôle de promoteur et influenceur comme jamais vu à Hollywood, assumant une ambition décomplexée. Quitte à brouiller les lignes entre la réalité et la quête sans limites de son personnage dans une opération de communication bien rodée.
«C’est un film sur le sacrifice et la poursuite d’un rêve. C’est quelque chose auquel je m’identifie profondément. Nous vivons une époque sombre, surtout pour les jeunes, et ce film est une tentative d’y apporter un antidote et un appel à rêver grand», a-t-il lâché avec aplomb dans l’émission de Jimmy Fallon. Marty Supreme, librement inspiré de la vie de Marty Reisman, champion de tennis de table américain, raconte l’ambition d’un homme convaincu de pouvoir atteindre la gloire et la richesse grâce à ce sport, alors méconnu aux États-Unis.
«Plus qu’un simple acteur»
«Il a un but, il a un rêve… Il est au service de cette chose, de faire du ping-pong un sport majeur», explique Josh Safdie. Quitte à parfois se fourvoyer dans une voie sans issue. «Filmer un sport qui n’a jamais vraiment été porté à l’écran» a représenté un défi de taille, confie le réalisateur. Timothée Chalamet «s’est impliqué très tôt» dans le film, rembobine-t-il, «avant même l’existence du scénario» il y a six ans. «Il a aidé à développer le projet», ajoute le réalisateur, qui l’a régulièrement consulté tout au long de l’écriture du film. «Il a été un collaborateur, bien plus qu’un simple acteur», soutient le cinéaste qui jusqu’ici réalisait ses films avec son frère Benny, lui aussi parti mener une carrière en solo (il a réalisé The Smashing Machine, sorti en octobre, avec Dwayne Johnson).
Timothée Chalamet, star de Dune et récemment interprète de Bob Dylan (A Complete Unknown), est un acteur «drôle et physique». «C’est un danseur!», souligne Josh Safdie. Le comédien s’est sérieusement entraîné au ping-pong et les scènes de matchs atteignent des sommets d’intensité inattendus pour un tel sport. «Cela a impliqué beaucoup de chorégraphie», confirme le réalisateur. Il a ainsi avalé des heures de vidéos de matchs des années 1940 à 1970, décortiquant chacun des points qui l’intéressaient. Ensuite, se souvient-il, «on jouait ces points» lors de prises interminables, avec ou sans la balle, répétant une danse qui se jouait «à la microseconde».
Marty Supreme, de Josh Safdie. Sortie prévue le 18 février.