Pour son premier film, Kristen Stewart, star de la saga Twilight, s’inspire des mémoires de la nageuse américaine Lidia Yuknavitch qui fut victime d’inceste et de maltraitance de la part de son père. Au bout, un film choc et sensible.
Qu’on ait ou non vécu les maltraitances subies par l’héroïne de son premier film, présenté à Cannes en mai dernier (dans la section Un certain regard), «être une femme est une expérience très violente» qui a guidé les premiers pas de réalisatrice de l’actrice américaine Kristen Stewart. Le long métrage, que la star de la saga Twilight devenue figure du cinéma indépendant s’est battue pendant huit ans pour faire exister, est tiré des mémoires de la nageuse américaine Lidia Yuknavitch, dans lesquels elle raconte sa survie aux abus endurés durant son enfance. «Je n’avais jamais lu un livre comme ça… Il criait la nécessité d’être un film, une chose vivante!», a confié Kristen Stewart.
Que Lidia Yuknavitch soit «capable de prendre des choses vraiment laides, de les traiter, et de produire quelque chose avec lequel on peut vivre, quelque chose qui a réellement de la joie», a été inspirant, ajoute la cinéaste. Le livre, «hilarant d’une manière enivrante et excitée, comme si nous racontions des secrets», est un «véritable canot de sauvetage», poursuit la réalisatrice, qui a également écrit le scénario. «Même si vous ne vivez pas le genre d’expérience extrême que nous décrivons dans le film ou que Lidia a endurée – et dont elle s’est magnifiquement sortie, beaucoup de femmes traversent des douleurs», constate Kristen Stewart.
La «luxuriante» Imogen Poots
L’actrice et désormais réalisatrice insiste sur le fait qu’il n’y a pas toutefois de parallèles autobiographiques qui l’ont attirée vers le livre. Pour autant, elle n’a «pas eu besoin de faire beaucoup de recherches» pour ce film. «Je suis un corps féminin qui se promène depuis 35 ans. Regardez le monde dans lequel nous vivons!», développe-t-elle. «Je n’ai pas besoin d’avoir été agressée par mon père pour comprendre ce que cela signifie d’être dépouillée, d’avoir ma voix étouffée et de ne pas me faire confiance. Il faut beaucoup d’années pour que cela disparaisse», souligne encore Kristen Stewart.
Je suis un corps féminin qui se promène depuis 35 ans. Regardez le monde dans lequel nous vivons!
«Je pense que ce film résonne avec quiconque est ouvert et saigne, ce qui représente 50 % de la population», poursuit-elle, ajoutant n’avoir jamais été tentée d’incarner elle-même Lidia Yuknavitch. C’est l’actrice britannique Imogen Poots – «la meilleure de notre génération», selon la réalisatrice – qui joue ce rôle. «Elle est si luxuriante, si belle et elle s’est tellement ouverte dans ce film», salue la cinéaste. Pour Kristen Stewart, l’énergie fiévreuse de The Chronology of Water est «un muscle rose qui palpite» et dans lequel Imogen Poots a puisé pour livrer à l’écran la bataille féroce mais souvent chaotique de Yuknavitch afin de se reconstruire et de trouver le plaisir et le bonheur.
«Secrets ambulants»
La cinéaste a également choisi Earl, le fils du chanteur Nick Cave, pour incarner le premier mari de la nageuse et Kim Gordon, du groupe de rock Sonic Youth, comme compagne dominatrice. Le livre de Lidia Yuknavitch, également intitulé The Chronology of Water, «médite en quelque sorte sur ce que l’art peut faire pour vous après que des gens ont fait des choses à votre corps – le viol et le vol, l’arrachement du désir… C’est une expérience très féminine», conclut la réalisatrice. Pour elle, l’art et l’écriture ont aidé l’autrice, connue aussi pour sa conférence TED (Technology, Entertainment and Design) virale, La Beauté d’être marginal, à se libérer et à trouver une peau dans laquelle elle pouvait vivre.
«Seules les histoires que nous nous racontons nous maintiennent en vie», complète Kristen Stewart, et Lidia Yuknavitch a découvert que le seul moyen de reprendre son désir était de «le personnaliser… et de redéployer les choses qui vous ont été données pour que vous puissiez les posséder». «Je ne dramatise pas mais, en tant que femmes, nous sommes des secrets ambulants», termine la réalisatrice, qui a «hâte de faire dix autres films».
The Chronology of Water, de Kristen Stewart.