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[Cinéma] Superproductions et patriotisme à l’affiche de Bollywood


De plus en plus de films reflètent les sujets de prédilection du Premier ministre ultranationaliste hindou, Narendra Modi, au pouvoir depuis 2014. (Photo : afp)

Bollywood ne se résume pas aux chorégraphies hypnotiques : à preuve, de plus en plus de films jouent sur la fibre patriotique avec des héros musclés opposés aux «ennemis» indiens. 2026 en promet même de nombreux. Analyse.

Une année en vert, blanc et orange : en 2026, Bollywood a choisi d’exploiter à fond le filon patriotique en sortant une série de films de guerre, thrillers d’espionnage, épopées mythologiques et autres récits nationalistes propres, parient les producteurs, à faire gonfler le box-office. L’industrie y croit : «Nous attendons de cette année des chiffres historiques», s’enthousiasme déjà l’exploitant de salles Akshaye Rathi, qui anticipe une augmentation de 45 à 50 % de ses recettes et de 25 % du nombre de ses jeunes spectateurs.

Comme partout dans le monde, la fréquentation des cinémas a reculé en Inde depuis la pandémie de Covid-19, le public se tournant davantage vers les plateformes de streaming. Pour attirer les plus jeunes dans les salles obscures, les professionnels privilégient la forme des productions à grand spectacle interprétées par les plus grandes stars. Et sur le fond, les analystes ont constaté que de plus en plus de créations reflétaient les sujets de prédilection du Premier ministre ultranationaliste hindou, Narendra Modi, au pouvoir à New Delhi depuis plus de dix ans (2014).

«Ennemis» et «hommes virils»

Le poids considérable de l’industrie cinématographique dans le pays contribue à influencer son opinion publique. «Aujourd’hui, les thèmes abordés varient aussi en fonction de ceux qui sont au pouvoir : montée du nationalisme hindou, propagande… L’industrie cinématographique n’hésite pas à en tirer profit», affirme ainsi Atul Mohan, rédacteur en chef du magazine professionnel Complete Cinema. «Mais sur dix à quinze œuvres, seules une ou deux rencontrent réellement du succès», ajoute-t-il.

Ce n’est pas la qualité qui compte aujourd’hui, ce sont les films de propagande qui fonctionnent

 

Parmi celles qui ont fait un carton, The Kashmir Files (2022), qui revient sur l’exode massif des populations hindoues de la partie indienne du Cachemire, à majorité musulmane, dans les années 1990. Mais en 2025, un film au scénario similaire, The Bengal Files, sur les violences qui ont déchiré en juillet  1946 musulmans et hindous au Bengale, dans l’est de l’Inde, s’est soldé par un échec commercial, pointe ce spécialiste. Les longs métrages qui prennent pour décor les conflits géopolitiques ou évoquent les «ennemis de l’intérieur» en mettant en scène des hommes virils dominent désormais le cinéma bollywoodien et portent son chiffre d’affaires.

En 2025, le thriller Dhurandhar, qui raconte une opération des services de renseignement indiens contre des ennemis liés au Pakistan, fut un des succès de l’année. Il a été largement porté par la confrontation militaire qui a opposé les deux pays en mai dernier, dans la foulée de l’attentat meurtrier commis le 22 avril dans le Cachemire indien, attribué par l’Inde au Pakistan. La suite, Dhurandhar 2, avec le populaire acteur Ranveer Singh, est annoncée pour le mois de mars.

«Battage sur les réseaux sociaux»

«Ce n’est pas la qualité qui compte aujourd’hui, ce sont les films de propagande qui fonctionnent», remarque le critique Arnab Banerjee. «Le climat politique est tel que les spectateurs se ruent sur ce type de thématique», développe-t-il encore. «Et les critiques visant le Pakistan et les références aux pays « ennemis » sont acceptées sans être remises en question.» «C’est le battage sur les réseaux sociaux qui décide du sort d’un film», regrette par ailleurs Arnab Banerjee.

À l’inverse, Ikkis, sorti en janvier 2025, sur une autre guerre indo-pakistanaise, celle de 1971, n’a pas connu un immense succès commercial en dépit de bonnes critiques. «Peut-être simplement parce que le Pakistan n’y est pas présenté comme l’ennemi», suggère le critique. Ahmed Khan, réalisateur de la comédie d’action Welcome to the Jungle, à l’affiche dans quelques mois, veut encore croire que la qualité reste déterminante. À titre d’exemple, il cite Saiyaara, un film dramatique romantique musical acclamé par la critique en 2025. «Il est aux antipodes en termes de genre et pourtant ça marche!, rappelle-t-il. Car l’humeur des gens peut changer à tout moment.» Un état d’esprit à surveiller toute l’année à travers des sorties régulièrement relayées au Luxembourg par Kinepolis.

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