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[Cinéma] «Sisu» : l’homme qui refusait de mourir


(Photo : sony pictures entertainment france)

On a retrouvé l’oncle de John Wick! Avec Sisu, à l’instar d’Hollywood, la Finlande a désormais elle aussi son antihéros taiseux et pare-balles. Découverte.

Dans ce que l’on appelle le «survival», on a souvent affaire à un antihéros qui, pour un oui ou pour un non, déchaîne sa colère face à une armée d’adversaires incapables de l’étouffer. Un déferlement de sang et de testostérone qui peut se justifier, pêle-mêle, par la perte d’un chien (John Wick), l’envie de reconnaissance (Nobody) ou pour d’autres raisons, plus louables celles-là, comme le besoin de justice face à un monde criminel et immoral. Mais de Robert McCall (Equalizer) à Bryan Mills (Taken) en passant par John McClane (Die Hard), tous ont un point commun : ils sont soupe au lait, tenaces et revanchards. Autant dire des personnages qu’il vaut mieux ne pas trop titiller, sous peine de les avoir sur le dos.

Aatami (incarné par Jorma Tommila) pourrait, lui, se trouver un lien de parenté avec John Rambo, plongé dans une guerre «qui n’est pas la sienne». On est en 1944 et cet ancien militaire ne demande qu’une chose : qu’on les laisse tranquilles, lui et son chien, histoire de panser les plaies d’un conflit qui lui a pris sa femme et ses deux enfants. Dans ce premier volet de Sisu, créé en 2023 par Jalmari Helander, il découvre un gisement d’or et compte porter en ville son trésor. Mais une unité nazie, qui bat en retraite depuis la Laponie, ne l’entend pas de la même oreille. C’est pourtant mal connaître le gaillard qui, pour sauver son précieux butin, va dézinguer tous les SS qui se présentent sur son chemin.

Après les nazis, l’Armée rouge!

Deux ans plus tard, il remet ça, non pas avec les Allemands, mais avec les Russes. Décidé, en effet, à retourner en Carélie, un territoire désormais occupé par les Soviétiques, pour démonter la maison familiale et la charger sur un camion pour la reconstruire en lieu sûr, il se heurte à l’Armée rouge qui compte s’offrir le scalp de celui qui a massacré 300 de ses soldats. Mauvaise idée… Autres ennemis, même effet : dans son sillage, Aatami empile les corps.

C’est qu’il n’est pas surnommé «l’homme qui refuse de mourir» pour rien et il va, au prix d’énormes souffrances, inscrire sa légende parmi celles des «bad ass» du cinéma, justifiant par là même le titre en finnois de la franchise, intraduisible en français, qui désignerait «une forme de courage et de détermination à toute épreuve», se manifestant «quand tout espoir est perdu». 

C’est ma rhapsodie adressée aux Finlandais!

Avouons-le : Sisu n’invente rien et se présente sous la forme d’une série B qui fait parler les muscles plus que la tête. «Ce n’est pas le genre de film à se prendre au sérieux», reconnaît ainsi Jalmari Helander. Mais il fait tout bien, en s’implantant notamment dans les sublimes décors qu’offre la Finlande.

C’était même le rêve du cinéaste, qui cherchait à transposer chez lui le modèle qui a fait le succès des comédies d’action des années 1980, après deux longs métrages plus que moyens – Père Noël Origines (2010) et Big Game (2014) avec Samuel L. Jackson dans le rôle du président des États-Unis. Apparemment, le réalisateur aime les productions américaines qui détonnent, quitte à ne pas choisir entre celles de George Miller (Mad Max) et de Quentin Tarantino (Inglourious Basterds), le western et le film de guerre. 

«Un doigt d’honneur à la réalité»

Il est en tout cas dommage que Sisu n’ait pas eu l’impact qu’il aurait mérité en salle, peu distribué en France et encore moins au Luxembourg, alors que les films mettant en scène Jason Statham, tous reproductibles à l’infini, bénéficient de belles mises en lumière.

Car si le postulat de départ semble le même – «un homme endurci qui affronte, seul, des ennemis redoutables» et qui déploie «des méthodes franchement inventives pour survivre», dixit Jalmari Helander –, ses deux films se démarquent par plusieurs éléments : préférer l’âpreté à l’ironie, la lenteur à la précipitation et la nature au plateau de tournage, le tout dans «un bon gros et sanglant doigt d’honneur à la réalité» (comprendre l’Histoire), à la faveur «d’un carnage jouissif».

Son héros à la mine patibulaire et ses adversaires, taiseux («les personnages ne s’expriment que lorsque c’est absolument nécessaire», dit-il), correspondent bien à ce choix qui, bien que gore, privilégie l’atmosphère et la beauté du paysage aux dialogues. «C’est ma rhapsodie adressée aux Finlandais et au cinéma d’action qui me tient à cœur», lâche Jalmari Helander en guise d’explication.

Avec un budget de 12,2 millions de dollars et des acteurs connus (Stephen Lang, Richard Brake), le second volet de Sisu, sorti fin décembre, est à ce jour le film le plus cher de l’histoire du cinéma finlandais. Doit-on y voir le signe d’une inévitable surenchère et d’une suite à venir? Pas sûr, confiait le cinéaste, satisfait jusque-là de la «conclusion» de son récit. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il est envisagé qu’il soit le prochain réalisateur… de Rambo. Entre Sylvester Stallone, 79 ans, et Jorma Tommila, 67 ans, la bataille est lancée. Et rien ne dit qui des deux va gagner à la fin. 

Sisu et Sisu 2, de Jalmari Helander.

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