Pour surfer sur leur succès, certaines stars de la pop documentent leurs tournées ou leur travail en studio. Charli XCX, elle, propose The Moment, un «mockumentaire» qui parodie l’industrie musicale et veut tourner la page du phénomène «brat».
Que peut faire une mégastar comme Charli XCX quand elle a défini à elle seule la tendance d’un été, propulsé un album au sommet, et fait de «brat» («sale gosse»), un mot de l’année? Réponse : un documentaire parodique au ton ironique, The Moment, qui montre les doutes existentiels de la chanteuse britannique pop tendance punk après une ascension accélérée vers la gloire et alors qu’elle prépare une tournée de concerts.
«Je suis évidemment assez proche de mon personnage», plaisante la chanteuse de 33 ans, venue vendredi présenter The Moment au festival de Sundance. Mais «j’aimerais penser que je ne suis pas aussi pénible que Charli dans le film», relève-t-elle, sous les rires du public de cette grand-messe américaine du cinéma indépendant qui se tient dans les montagnes de l’Utah.
La Charli sur écran est en effet un cauchemar : une caricature de diva qui veut contrôler jusqu’au moindre détail, même si elle n’est encore qu’une jeune chanteuse propulsée soudainement sous les projecteurs avec un entourage oppressant. L’artiste et la directrice artistique de sa tournée, Celeste (interprétée par Hailey Gates), veulent tourner la page de la tendance «brat», symbole de liberté et d’hédonisme je-m’en-foutiste, qui a dominé l’année 2024, lorsque son album du même nom dominait les plateformes de streaming.
Rob Reiner comme inspiration
Mais les responsables – la dirigeante du label (Rosanna Arquette) et Johannes, le réalisateur engagé pour piloter le film de la tournée (Alexander Skarsgård) – veulent que la machine à cash «brat» continue à tourner. Le conflit éclate quand ils s’affrontent sur la mise en scène des concerts. Et quand on demande à Charli de promouvoir une carte de crédit destinée aux clients jeunes et queer. Dépitée, cette dernière s’envole vers Ibiza pour un séjour dans un spa.
Le scénario, écrit par Bertie Brandes et Aidan Zamiri, ce dernier également à la réalisation, repose sur la formule classique d’un artiste qui se bat contre la machine. Mais, ces personnages décrivent fidèlement l’industrie musicale, souligne Charli. «J’ai rencontré différentes versions de tous les personnages de ce film», témoigne-t-elle. «J’ai rencontré des gens qui vous soutiennent vraiment (…) J’ai rencontré des gens qui sont là pour être proches de l’artiste. J’ai rencontré des gens du genre « on te comprend totalement », alors qu’en réalité ce n’est pas le cas.»
Le réalisateur, Aidan Zamiri, qui signe son premier long métrage après des vidéos musicales (pour Charli XCX, mais aussi Billie Eilish ou FKA Twigs), dit avoir été inspiré par This Is Spinal Tap, comédie culte de 1984 sur un groupe britannique fictif, réalisée par Rob Reiner, récemment assassiné à Los Angeles.
«On veut se challenger»
Charli XCX apparaît dans deux autres films projetés à Sundance. Elle tient un rôle plus modeste dans I Want Your Sex, thriller érotique qui marque le retour derrière la caméra, douze ans après White Bird in a Blizzard, du réalisateur américain culte Gregg Araki : la popstar anglaise partage l’affiche avec, entre autres, Olivia Wilde, Cooper Hoffman et Johnny Knoxville. Elle apparaît également dans The Gallerist, le troisième long métrage de la cinéaste sino-américaine Cathy Yan (Birds of Prey, 2020), avec Natalie Portman en tête d’affiche.
«En ce moment, comme le personnage du film, j’ai vraiment envie que le « phénomène brat » s’arrête et de totalement prendre le contrepied, de m’en éloigner autant que possible», a dit Charli XCX à Sundance, donnant pour exemple ses projets de films. «Et ce n’est pas parce que je ne l’aime pas. C’est simplement que je pense que, pour nous tous en tant qu’artistes, on veut se challenger, on veut changer la soupe créative dans laquelle on baigne.»
La 42e édition du festival de film de Sundance, la première après la disparition en septembre dernier de son cofondateur, l’acteur Robert Redford, se tient jusqu’au 1er février. C’est la dernière fois que ce rendez-vous majeur du cinéma indépendant se déroule dans l’Utah, avant de déménager en 2027 à Boulder, dans l’État voisin du Colorado.