Sacré à Venise, le nouveau film de Jim Jarmusch décortique, en trois actes et de façon contemplative, les affres de la filiation.
Lauréat du Lion d’or à la surprise générale lors de la Mostra de Venise en septembre, Father Mother Sister Brother du réalisateur américain Jim Jarmusch, sorti mercredi, s’impose comme une tendre réflexion sur la famille portée par un casting cinq étoiles. Le long métrage, un triptyque entre le New Jersey, Dublin et Paris, est une sorte «d’antifilm d’action», selon son réalisateur de 72 ans. Il réunit à l’affiche des acteurs et actrices de haut niveau : Adam Driver, Cate Blanchett, Tom Waits ou encore Vicky Krieps. «Mon but est de créer de l’empathie entre les gens, à ma petite échelle», avait déclaré le réalisateur de Ghost Dog et Broken Flowers lors de la remise du prix à Venise.
Avec ce «film discret», comme il le qualifie, où les silences, les gestes et les regards comptent souvent plus que les dialogues, Jim Jarmusch explore les relations entre des enfants devenus adultes et leurs parents ou entre frères et sœurs. Le cinéaste insiste avec humour, dans une mise en scène épurée, sur la gêne ou la culpabilité qui s’invitent lors de ces rencontres familiales, entre gens qui ne se connaissent finalement pas si bien que ça. «Nous avons travaillé très, très dur pour rester très concentrés en faisant ce film», avait expliqué Jim Jarmusch.
«S’évader des États-Unis»
«Il est bien plus fatigant de réussir à capter la paupière de Cate Blanchett ou un geste de Tom Waits que de voir quinze zombies sortir de leurs tombes», avait ajouté le metteur en scène, qui dit avoir beaucoup appris sur «la manière de placer la caméra et l’intimité» grâce à ce long métrage. Le réalisateur, l’une des figures les plus connues du cinéma indépendant américain, prévoit de tourner son prochain film en France. Il a d’ailleurs confié fin décembre avoir l’intention de déposer une demande pour obtenir la nationalité française.
«Je voudrais avoir un autre endroit où je puisse m’évader des États-Unis», a-t-il déclaré. «Et puis la France, Paris, la culture française sont très profondément en moi», a complété le cinéaste qui a déjà fait jouer Béatrice Dalle dans Night on Earth (1991), dont une partie se déroule à Paris. À Venise en septembre, il avait expliqué avoir fait une demande pour un visa d’artiste français. Plusieurs personnalités américaines du divertissement ont fait le choix de l’exil depuis la réélection de Donald Trump, comme Ellen DeGeneres, installée à Londres, et Rosie O’Donnell, qui s’est établie en Irlande.
Father Mother Sister Brother, de Jim Jarmusch.
Actuellement en salle.