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[Cinéma] «Dreams» : relations toxiques


(Photo : metropolitan filmexport)

Une riche Américaine et un pauvre Mexicain entretiennent une passion brûlante. Entre les deux, des préjugés racistes et le mépris de classe, questionnés par Michel Franco.

De l’amour, de la haine, de la violence : avec Dreams, l’histoire d’une passion contrariée, le cinéaste Michel Franco et l’actrice Jessica Chastain livrent une métaphore sans concession des relations entre le Mexique et les États-Unis. Comme avec Mickey 17, la comédie de science-fiction de Bong Joon-ho qui tourne en ridicule les rêves de conquête spatiale et de transhumanisme d’Elon Musk, ce film, qui s’ouvre par un plan saisissant à l’intérieur d’un camion où s’entassent des migrants pour les États-Unis, résonne fortement avec la situation politique depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Connu pour ses œuvres très sombres et violentes, Michel Franco, (Después de Lucía, Nuevo orden) avait fait, après Cannes et Venise, ses premiers pas en compétition à Berlin l’année dernière avec cette tragédie romantique sur fond de domination et de manipulation. Jessica Chastain y joue le rôle de Jennifer, riche héritière américaine aux idées progressistes, installée à Los Angeles. Pendant que son père et son frère font des affaires, elle s’occupe d’une fondation philanthropique qui soutient de jeunes danseurs au Mexique.

Relation d’amour-haine

Lors de ses fréquents séjours au Mexique, elle entretient une relation passionnelle torride avec un jeune prodige du ballet, Fernando, interprété par un danseur mexicain star, nommé leader de l’American Ballet Theater, Isaac Hernandez. Mais lorsque le jeune amant franchit illégalement la frontière pour la rejoindre aux États-Unis, surgissant dans son quotidien de Nord-Américaine aisée, leur idylle et leurs vies vont basculer. Comme son titre l’indique, le film parle de «rêves» : celui des migrants mexicains, ceux d’une Américaine qui croit que l’amour peut faire fi des classes sociales et des frontières, et enfin, ce «rêve américain» qu’ils croient partager.

«Le personnage de Jennifer a deux vies séparées : l’une au Mexique et l’autre aux États-Unis. Pour elle, c’est le schéma parfait. Mais quand Fernando arrive, tout s’effondre et ça devient intéressant. Ils s’aiment vraiment, c’est ce qui rend le film tragique», a expliqué Michel Franco. Leur relation d’amour-haine est une métaphore de celle qui peut exister entre le Mexique et son voisin du nord : «Nous, Mexicains, depuis que nous sommes enfants, nous avons grandi en observant la relation entre les États-Unis et le Mexique», a souligné le réalisateur.

Un pays «au-dessus de l’autre» 

Il poursuit : «Elle est complexe. On a besoin l’un de l’autre, on se blesse l’un l’autre, on abuse l’un de l’autre, et, pardon de le dire, l’un des deux pays est littéralement au-dessus de l’autre». Jessica Chastain, qui se livre sans fard dans ce film aux scènes osées pour les standards américains, loue le côté «provocateur» du cinéaste. «Il ne dit pas où est le bien et où est le mal, mais il donne à réfléchir et à débattre», a déclaré l’actrice de 47 ans.

«Longtemps, j’ai plaidé pour des rôles féminins vraiment complexes, parce que pendant des années, spécialement aux États-Unis, les personnages féminins venaient juste en renfort. C’était mon désir de jouer des personnages qui font des tas d’erreurs. Qu’on les aime ou pas, je m’en fiche, mais je veux que les gens en parlent. Qu’ils soient humains et réels», a-t-elle déclaré. Avec Dreams, le cinéaste mexicain de 45 ans et l’actrice américaine de Zero Dark Thirty ou The Help, poursuivent leur collaboration : le tournage s’est en effet enchaîné avec celui de leur précédent film, Memory, avec Peter Sarsgaard.

Actrice et productrice «rebelle»

Au-delà de son rôle, Jessica Chastain est aussi coproductrice du film. «Aujourd’hui, je pense avoir de l’influence sur les histoires que je choisis de raconter», a-t-elle expliqué. «Je ne pense plus avoir besoin de plaire à quiconque. Je préfère ne pas plaire, parce que c’est plus excitant et plus intéressant. Clairement, je suis plus rebelle qu’à mes débuts!» À preuve, interrogé à Berlin sur la politique migratoire américaine, l’actrice s’est exclamée : «Je ne vais pas abandonner mon pays» malgré la situation actuelle. 

«Les États-Unis sont ma maison parce que je suis une personne pleine d’espoir, qu’il faut contribuer à créer l’environnement, la culture et la société que l’on veut, a-t-elle enchaîné. Je voudrais dire qu’il y a plein de gens parmi nous qui restent assez optimistes et nous menons le bon combat.» Avant de lâcher, définitive : «J’espère que chacun dans le monde peut vivre dans un pays où il est possible de rêver. Vous devez trouvez l’espoir».

Dreams, de Michel Franco.
Mercredi en salles.

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