Le légendaire cinéaste hongrois Béla Tarr, connu pour ses plans-séquences et ses films en noir et blanc dépeignant des paysages désolés, est décédé mardi à l’âge de 70 ans.
C’est avec une profonde tristesse que nous annonçons que le réalisateur Béla Tarr est décédé tôt ce matin après une longue et grave maladie», a déclaré mardi l’Association des cinéastes hongrois dans un communiqué, après que le réalisateur Bence Fliegauf a annoncé la nouvelle à l’agence de presse nationale MTI, au nom de la famille du cinéaste.
Le maître du cinéma hongrois est connu pour son œuvre souvent sombre, dont Sátántangó (1994), une fresque de sept heures sur l’effondrement du communisme en Europe de l’Est et son déclin matériel et spirituel, adapté du roman du lauréat du prix Nobel de littérature László Krasznahorkai, avec lequel il a fréquemment collaboré. Il a également porté à l’écran une adaptation du roman de 1989 du même écrivain, La Mélancolie de la résistance, qui se déroule aussi dans un lieu désolé de l’ère communiste, dans son film Werckmeister Harmonies (2000), présenté au festival de Cannes.
Béla Tarr «a créé des couleurs en les faisant disparaître, car dans ses grands films il a tenté de parler en pécheur qui, malgré tous ses péchés, doit encore être aimé», avait déclaré László Krasznahorkai lors d’un banquet après la remise de son prix Nobel en 2025, exprimant sa gratitude envers le cinéaste.
Premier film hongrois indépendant
Né le 21 juillet 1955 dans la ville universitaire de Pecs, dans le sud de la Hongrie, Béla Tarr a tourné son premier film amateur sur des travailleurs roms à l’âge de seize ans, laissant déjà poindre son engagement social. Six ans plus tard, en 1977, il réalisait son premier long métrage, Family Nest, avec le soutien d’un studio de cinéma expérimental, le Bela Balazs, à Budapest, où il a suivi une formation de réalisateur. Il est l’auteur du premier long métrage indépendant hongrois, Damnation, projeté au Festival international du film de Berlin en 1988, film qu’il a coécrit avec László Krasznahorkai, marquant le début de leur longue collaboration et amitié.
«J’ai eu la chance de trouver mon chemin pour survivre : faire des films, c’est mon truc à moi», déclarait-il en 2005 au journal français Le Figaro. Celui qui était souvent présenté comme «le Tarkovski hongrois» a tourné au total une dizaine de films, dont Macbeth (1982), Damnation (1988) et The Man from London (2007), adapté d’un roman du Français Georges Simenon. Après son dernier long métrage, The Turin Horse (Grand Prix du jury à la Berlinale en 2011), il avait annoncé prendre sa retraite, ne réalisant par la suite que deux courts métrages, préférant désormais enseigner le cinéma en Hongrie, en Allemagne et en France.
Critique de Viktor Orbán
«J’avais fait tout ce que je voulais», confiait-il à l’hebdomadaire hongrois HVG en 2019. Grand fumeur, Béla Tarr plaisantait dans la même interview sur ses futures funérailles, en se demandant si une entreprise de tabac ou l’État hongrois les paierait.
Car il était aussi un virulent critique du Premier ministre nationaliste Viktor Orbán, revenu au pouvoir en 2010. «Trump est la honte des États-Unis. (Viktor) Orbán est la honte de la Hongrie. Marine Le Pen est la honte de la France», avait-il déclaré au magazine Slate en 2016. L’an dernier, il avait lu la Déclaration universelle des droits de l’Homme pour ouvrir le mois de la Pride à Budapest, après la tentative de Viktor Orbán d’interdire la marche des fiertés au nom de la «protection de l’enfance».
«L’homme le plus libre que j’aie connu est mort», a réagi le maire de Budapest, Gergely Karácsony, sur Facebook, saluant l’amour de Béla Tarr pour «ce qui est essentiel chez l’être humain : la dignité humaine».