Accueil | Culture | [Bande dessinée] «Event Horizon : Dark Descent», enfer et damnation

[Bande dessinée] «Event Horizon : Dark Descent», enfer et damnation


(Photo : idw publishing)

Près de 30 ans après sa naissance contrariée et son échec en salles, le film de science-fiction horrifique Event Horizon est devenu culte, au point de retrouver aujourd’hui son chemin vers l’enfer… en BD.

En 2047, le vaisseau spatial Lewis & Clark reçoit un message de détresse de l’Event Horizon, parti sept ans plus tôt pour un voyage d’exploration vers Proxima du Centaure et qui avait disparu sans laisser de traces. Parti à sa recherche en compagnie du Dr Weir (Sam Neill), concepteur de l’Event Horizon, l’équipage du capitaine Miller (Laurence Fishburne) ne trouvera pas seulement le vaisseau : il accèdera ni plus ni moins qu’à l’enfer, qui se manifeste sous la forme d’hallucinations qui puisent dans les terreurs et traumatismes les plus intimes de chacun.

Le temps aura rendu un grand service à Event Horizon. Le film du Britannique Paul W. S. Anderson est devenu un véritable objet culte : pour son excellent casting d’ensemble, pour ses décors et effets spéciaux époustouflants (le «cœur» du vaisseau, l’architecture inspirée des grandes cathédrales gothiques), sa façon d’allier science-fiction pseudo-savante et horreur pure… Son imagerie infernale continue d’ailleurs de hanter les univers de la science-fiction et de l’horreur : d’Interstellar (Christopher Nolan, 2014) à la série de jeux vidéo Dead Space, l’influence d’Event Horizon a été manifeste.

Images perdues

Mais en 1997, le film devait être un échec-né : amputé de quarante minutes et de ses séquences les plus terrifiantes avant de sortir en catastrophe en pleine pause estivale, il fait un flop en salles et collectionne au passage les critiques négatives. Le scénariste Philip Eisner et le réalisateur Paul Anderson avaient l’ambition de marcher dans les pas d’Alien, de Hellraiser ou The Shining, tandis que le studio Paramount espérait de la science-fiction classique dans la veine de Star Trek. Le public des «test screenings», qui en outre découvre un film pas étalonné ni mixé, donne raison à ce dernier : trop sanglant, trop intense, trop pessimiste et, surtout, trop long. D’un peu plus de deux heures, le film est réduit à 90 minutes. Un dernier élément obligera Anderson à accomplir sa tâche en un temps record : lorsque James Cameron annonce un retard sur son nouveau film, obligeant à repousser sa sortie au mois de décembre, le créneau estival initialement prévu pour Titanic échoue à Event Horizon, que le studio devait initialement sortir à l’automne.

Quelques semaines encore avant la première projection test, Paul Anderson était en phase de montage la semaine et, les week-ends, retournait sur le plateau avec une caméra VHS et une équipe réduite pour mettre en boîte les images de l’enfer qui émaillent le film : démons, monstres difformes, orgies sanglantes… Pour ces visions qui rendent fou l’équipage du Lewis & Clark, Anderson ne fait aucune concession. Il s’inspire des visions hallucinées de Jérôme Bosch et de Brueghel, enchaîne les saynètes plus gore les unes que les autres… et, dans une période de post-production aussi troublée que celle-ci, finira par en payer le prix. Sommé par le studio de couper la quasi-totalité des rushes en question, le réalisateur explique qu’il n’a «pas pour autant supprimé l’imagerie» : «Ce qui devait être un plan de trois secondes devenait un plan de trois fractions de seconde. En compressant le matériel, en transformant ces visions de l’enfer en éclats subliminaux, cela a en réalité augmenté leur pouvoir horrifique. L’effet final est à l’opposé de ce que le studio imaginait.»

Une suite au printemps

Quand Paramount propose à Anderson d’assembler une version longue à la suite du succès tardif d’Event Horizon en vidéo, le réalisateur ne peut que constater que ses rushes ont été perdus par le studio. Au moment de la révolution du DVD, Paramount «n’avait aucune raison d’archiver toutes ces cassettes VHS», raconte-t-il. Aussi impossible qu’elle puisse être, l’idée d’un «director’s cut» du film continue malgré tout de laisser les fans songeurs – c’est aussi ce qui entretient sa légende.

Alors qu’Event Horizon célèbrera l’année prochaine ses 30 ans, l’éditeur de comics américain IDW Publishing a réuni deux fans de la première heure, le scénariste Christian Ward et le dessinateur Tristan Jones, pour imaginer Event Horizon : Dark Descent, une préquelle qui retrace le voyage de l’Event Horizon vers l’enfer, sept ans avant les évènements du film. Comme dans ce dernier, l’essentiel de l’action – un carnage à l’intérieur du vaisseau – est ramassé sur quelques heures, mais les cinq numéros de cette minisérie laissent toute la place aux auteurs de développer l’imaginaire grand-guignolesque initié par Paul Anderson et Philip Eisner. On découvre ainsi le gigantesque démon-alien Paimon, et on frissonne devant les dessins, à la fois dérangeants et merveilleux. Sans aller non plus jusqu’à s’arracher les yeux, comme le font ces personnages qui ne supportent plus d’être exposés à tant d’horreurs… Car ce n’est pas fini : les auteurs reviendront dès le printemps avec Event Horizon : Inferno, une suite située 200 ans plus tard. De quoi faire encore perdurer l’héritage d’un petit chef-d’œuvre méprisé du cinéma d’horreur.

Event Horizon : Dark Descent, de Christian Ward et Tristan Jones.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.