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Verbalisé avec sa fille handicapée, ce papa veut changer la loi : «On a déjà assez de tracas»


Pourquoi ne pas introduire une carte illimitée pour les personnes avec un handicap permanent et irréversible? (Photo : adobe stock)

Garé sur une place bleue avec un ticket payé, le père d’une jeune femme polyhandicapée s’est vu infliger une amende de 145 euros au motif que sa carte de stationnement avait expiré.

«Nous avons ressenti de l’incompréhension et une profonde injustice. On a déjà assez de tracas au quotidien, avec des difficultés que les autres n’ont pas. Mais non, il faut nous en rajouter», soupire Jean-Francis Covi, un mois après une mésaventure dont il se serait bien passé.

Le 15 novembre, alors qu’il se rend à Belval avec sa femme et sa fille Shola, atteinte du syndrome de Rett, il gare sa voiture sur une place bleue, s’acquitte d’un ticket au parcmètre et place, bien en vue, la carte de stationnement pour personnes handicapées dont Shola est titulaire.

Mais pas de chance : la date de validité du document a expiré. Ce qui n’échappe pas à l’agent municipal de la Ville d’Esch-sur-Alzette en service dans le secteur ce jour-là.

Il dresse immédiatement une contravention d’un montant de 145 euros pour stationnement sur un emplacement réservé sans disposer de la carte appropriée (infraction 107-35 du code de la route).

Le modèle français

Un coup dur pour la famille, qui peine à comprendre la logique du système luxembourgeois. «Shola vit avec un handicap permanent et irréversible. À l’époque où nous vivions en France, elle bénéficiait d’une carte de stationnement définitive. Pourquoi ne pas s’inspirer de ce modèle?», interroge ce papa, qui a fondé l’Association luxembourgeoise du syndrome de Rett.

Souhaitant attirer l’attention des pouvoirs publics sur ce sujet, il pointe que les personnes présentant un handicap lourd, permanent et irréversible n’ont aucune raison de recevoir une carte avec une date limite : «C’est absurde, leur handicap ne va pas disparaître…».

Un stress bien réel

D’autant que le renouvellement – obligatoire tous les cinq ans – n’est pas si évident. «Il faut se rendre chez le médecin pour établir un certificat et joindre des photos d’identité. Or, dans le cas de Shola, c’est presque mission impossible.»

Un stress bien réel, qui vient s’ajouter inutilement à une charge mentale décuplée. «On est censés surveiller la date d’expiration de la carte, anticiper le renouvellement et constituer un énième dossier, alors qu’on est tellement épuisés.»

Jean-Francis Covi pointe l’absurdité du système. (Photo : julien garroy)

«Shola a besoin d’assistance en permanence, dans tous les gestes de la vie courante, pour manger, s’habiller, se laver», raconte-t-il. «Ce renouvellement, on l’avait déjà fait il y a des années. Cette fois-ci, on a juste oublié», explique-t-il, las.

Pas de carte, pas de droits

Au passage, Jean-Fancis Covi soulève également un autre sérieux problème : celui de la période sans carte, et donc sans droits. «Le ministère exige le renvoi de la carte périmée pour en délivrer une autre. Pendant plusieurs semaines, la personne handicapée n’a donc aucune carte.»

D’où sa détermination à changer la loi. Avec d’autres familles concernées et des associations, il espère désormais lancer un débat public et prévoit la mise en ligne d’une pétition sur le site de la Chambre des députés prochainement.

«Nous comprenons bien que des vérifications soient nécessaires et qu’une date soit instaurée concernant les invalidités temporaires. Mais dans le cas d’un handicap irréversible, comme celui de nos enfants, on devrait pouvoir être titulaires d’une carte sans date limite.»

Zoom sur la carte de stationnement

La carte de stationnement pour personnes handicapées est délivrée, sous conditions et pour cinq ans maximum, aux résidents à mobilité réduite. Elle leur permet de se garer sur des emplacements dédiés.

Il faut constituer un dossier avec formulaire, photo et certificat médical, qui sera ensuite soumis à l’avis d’un médecin de la commission médicale au ministère de la Mobilité. Selon les cas, un examen supplémentaire peut être requis.

Cette année, la police grand-ducale a verbalisé plus de 4 000 conducteurs pour stationnement sur un emplacement dédié aux personnes handicapées (145 euros). Dans 128 cas, une carte de stationnement était présente mais périmée. 

 

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