Le gouvernement a présenté hier les modalités de la future classe d’imposition unique, prévue pour 2028. La réforme est accompagnée de nouvelles aides destinées à mieux soutenir les familles avec enfants.
Le Luxembourg va enfin se doter, à l’horizon 2028, d’une réforme fiscale d’envergure, après de longues années de discussions. Un véritable «changement de paradigme», selon le gouvernement CSV-DP, qui a déposé hier à la Chambre des députés le projet de loi pour instaurer une classe d’imposition unique. La création inédite de la «classe U» traduit une réforme que le ministre des Finances, Gilles Roth, qualifie de «la plus favorable jamais menée en faveur des familles».
La refonte du système fiscal s’accompagne en effet de toute une série de nouvelles mesures et aides, qui suivent le leitmotiv : «Ensemble. Pour chaque famille. Pour chaque enfant.».
Un abattement «petite enfance»
Le Premier ministre, Luc Frieden, souligne que la réforme doit, en priorité, «améliorer le bien-être de toutes les familles et des enfants». «Le paquet constitue une véritable réforme structurelle qui renforce le pays pour l’avenir. Elle soulage tout le monde financièrement, tient compte de manière flexible de la situation familiale et aide de manière ciblée les personnes aux revenus modestes», souligne le chef du gouvernement, venu présenter, hier matin, les détails de «l’ambitieuse réforme», aux côtés de Gilles Roth et des ministres Max Hahn (Famille) et Claude Meisch (Enfance et Jeunesse).
Le gouvernement veut introduire en parallèle un abattement «petite enfance» de 5 400 euros par an et par enfant de moins de 3 ans. Le montant est fixé à 5 400 euros par enfant et par an.
Le crédit d’impôt monoparental sera une nouvelle fois augmenté, de 3 504 euros actuellement à 4 008 euros. Une hausse de 1 000 euros est en vigueur depuis 2025. Le Premier ministre renvoie vers d’autres mesures, dont une hausse des allocations familiales, qui ont pour objectif de «garantir à chaque enfant les meilleures conditions pour grandir, s’épanouir et construire son avenir».
«Une classe d’imposition pour tous»
Même si une attention particulière est portée aux ménages avec enfants, «personne ne sortira perdant» de la réforme. Cette promesse est formulée par le ministre des Finances. Le principe est que le statut matrimonial ne comptera plus pour être intégré dans une classe d’imposition. Célibataires (classe 1), monoparentaux, veufs et pensionnés (classe 1A) et couples mariés ou pacsés (classe 2) vont tous glisser dans la classe U.
«On passera à une classe d’imposition unique pour tous, pour chaque famille, pour chaque mère et chaque père», affirme Gilles Roth. «La situation fiscale n’aura plus d’impact si du jour au lendemain le mari décède, si les enfants quittent le foyer, si un couple divorce ou se sépare», renchérit-il. Un seul barème d’imposition sera encore en vigueur, avec moins de tranches. Et un premier avantage majeur pour les petits revenus : le revenu sera exonéré d’impôts jusqu’à 26 650 euros par an, contre 13 230 euros actuellement dans la classe 1.
D’autres exemples de calculs ont été réalisés par l’administration des Contributions directes (lire ci-contre), confirmant que «la majorité des gens vont profiter d’un solide allègement fiscal».
Il existe cependant certaines exceptions, avec en tête une phase de transition de 25 ans accordée aux couples mariés ou pacsés qui ne souhaitent pas être reclassés. Actuellement, 240 000 personnes se trouvent dans la classe 2. «Il ne vont pas perdre les avantages dont ils bénéficient. Par contre, 75 % des ménages concernés ont intérêt à passer à la classe U. C’est le cas pour les conjoints qui travaillent tous les deux. La situation est différente pour les ménages avec un seul revenu ou ceux où il existe un grand écart entre les deux revenus», détaille le ministre des Finances.
Un coût avoisinant le milliard d’euros
Cette règle d’exception concerne uniquement les couples qui se sont mariés ou pacsés avant le 31 décembre 2027. Ils auront 25 ans pour décider de changer de classe. Le choix sera définitif. À partir du 1er janvier 2028, chaque contribuable sera automatiquement intégré dans la classe U, peu importe son statut familial.
Les plafonds pour les déductibilités fiscales sont également revus à la hausse, notamment dans les domaines des assurances, de l’épargne-logement ou des frais de domesticité.
Le coût global de la réforme est estimé à 880 millions d’euros pour 2028 et 989 millions d’euros pour 2029. Une partie sera contrefinancée par la non-adaptation du barème à l’inflation, équivalant probablement à 4,5 tranches indiciaires en 2028, soit un gain situé entre 450 et 500 millions d’euros.
À partir de 2028, le gouvernement compte réintroduire l’adaptation automatique du barème, à chaque fois au bout de trois index.
Jusqu’à 5 000 euros de gains financiers
FAMILLE AVEC 1 ENFANT
(Répartition du revenu 60/40)
50 000 euros de revenu : +2 188 euros (-85 % d’impôts)
75 000 euros de revenu : +3 789 euros (-49 % d’impôts)
125 000 euros de revenu : +5 037 euros (-19 % d’impôts)
MONOPARENTAL
(bénéficiant du crédit d’impôt)
40 000 euros de revenu : +549 euros (-41 % d’impôts)
50 000 euros de revenu : +567 euros (-31 % d’impôts)
CÉLIBATAIRE
50 000 euros de revenu : + 2 600 euros (-33 % d’impôts)
75 000 euros de revenu : +2 517 euros (-14 % d’impôts)
PENSIONNÉ
100 000 euros de revenu : +4 160 euros (-26 % d’impôts)